Les bains royaux de Méroé


L’actualité archéologique, ce sont les fouilles des bains royaux de Méroé, dans l’actuel Soudan, présentées par le Dr Simone Wolf du D.A.I., le Deutsches Archäologisches Institut, en ce mois d’octobre. Je la remercie vivement pour les photos qu’elle a bien voulu nous communiquer (Copyright DAI Projet).

Méroé, capitale d’empire

Le site se présente comme un ensemble de bâtiments construits au début de notre ère, sur le cours moyen du Nil. Méroé est une des anciennes capitales de l’empire de Koush. Celui-ci se développe à partir du 10ème siècle av. J.-C. et devient un ensemble indépendant, autour de sa capitale d’alors, Napata. Au 3ème siècle av. J.-C., pour une raison inconnue, le barycentre de ce royaume se déplace vers le sud, vers Méroé. La ville devient sa nouvelle capitale, le centre politique et religieux où rois et reines sont désormais enterrés et ce jusqu’au 3ème siècle ap J.-C.

Carte soudan

Située au nord est de l’actuelle Khartoum, la métropole est à 1200 km-fleuve de la frontière sud de l’ Égypte, soit deux mois de l’époque pour aller d’Assouan à Méroé, nous dit Hérodote.

Les égyptiens ont entretenu des rapports avec le royaume qui est riche de ressources (or, éléphants, bois, peaux, esclaves, …). L’influence du puissant voisin égyptien se constate dans l’art méroite, dans les cultes (d’Amon) dans l’architecture des temples, les sépultures (pyramides) ou encore l’écriture. Le modèle est alors clairement égyptien. Mais au 3ème siècle les choses changent un peu. Les traditions indigènes/africaines prennent de l’importance. Des dieux locaux apparaissent, comme le dieu Apedemak qui cohabite alors avec le panthéon égyptien; une nouvelle écriture émerge et enfin le royaume de Koush s’ouvre aux influences méditerranéennes, grecques et romaines.

dieu à tete de lion Apademak

Le dieu indigène à tête de lion Apedemak

L’influence grecque se fait sentir dès la conquête de l’Égypte suite à Alexandre le Grand. A la fin du 1er siècle av J.-C. ce sont les romains qui parviennent en Égypte. En 20 av. J.-C. un traité de paix est signé entre Auguste et les méroites, traité qui amène une période de paix et de développement économique.

Auguste de Meroe

Buste d’Auguste trouvé à Méroé

Tete d'indigène - Méroé

Tête d’un indigène, en grès local, une représentation sur le mode helléniste.

Les Bains royaux de Méroé

Nous allons voir que les bains royaux se comprennent à la lumière de ces influences variées.

Méroé Plan avec champs de fouilles

 

Copyright DAI projet Meroe Royal Baths, Plan avec champs d’activités 2005 – 2014

Pendant des siècles Méroé sera donc le siège de la résidence royale. Le site a été fouillé entre 1909 et 1914. Les premiers plans ont été élaboré par l’archéologue John Garstang. Ils montrent divers bâtiments de la cité royale. Parmi ceux ci, à l’ouest et à coté du mur d’enceinte et du Nil, les bains. Les nécropoles se situent à l’est de ce site.
Les bains royaux sont découvert en 1917. Il ne sont pas, de toute évidence, des thermes : ils ne sont pas publics, ne sont pas chauffés, n’ont pas de vestiaires ou d’autres commodités.

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Copyright DAI projet Meroe Royal Baths, D-DAI-Z-MRB_20010100_KB-1701_HU – H.-U. Onasch

Méroé Copyright DAI Project D-DAI-Z-MRB_20070201_DG-9862_HU

Copyright DAI projet Meroe Royal Baths, D-DAI-Z-MRB_20070201_DG-9862_HU H.-U. Onasch

Il s’agit d’un bassin à eau de 7m sur 7 pour une profondeur de 2,5m. L’ensemble se complète par une exedra, une cour et un jardin. Ce bassin a certainement joué un rôle important, du fait de sa position tout près des palais royaux. Beaucoup d’incertitudes demeurent : à quel moment ce bâtiment a t’ il été construit, de quelle manière était fait l’approvisionnement en eau ? Enfin, quelle était l’utilité du bâtiment ? Avait il un rôle rituel ?

  • Du fait des premières fouilles et du retrait d’un grand nombre de couches de terre, il n’y a plus d’indices pour dater précisément la construction. La relation avec le mur d’enceintes et ses divers aménagements et reconstructions permettent cependant quelques hypothèses. Les bains auraient été construit sur une déclinaison, en contrebas du palais. Cette zone était sans doute initialement une décharge de la cité. Le bassin fut construit sans doute très tard dans l’histoire de la cité, probablement vers le premier siècle ap. J.-C.
  • L’approvisionnement en eau se faisait par le sud, via un canal qui était alimenté d’une source encore non identifiée. Cette arrivée d’eau était revêtue de façon étanche, et parvenait jusqu’au mur sud du bassin où différents orifices cachés permettaient l’alimentation du bassin via 6 ouvertures.
  • L’interprétation du rôle des bains de Méroé n’est pas aisé. Peut être y avait-il un un lien avec un sanctuaire lié à la célébration des crues du Nil, peut être d’une inspiration égyptienne (le lac royal), ou encore de l’ influence des dynasties hellénistique (par exemple les fêtes de la cour d’Alexandrie en Égypte) ou celle des bassins présents dans le complexe des palais hasmonéens au Proche Orient.

 

Un dispositif qui montre des influences très diverses

Le mur sud était très richement décoré. Le sol et du bassin était revêtu d’une matière étanche, renouvelée 3 fois sur la période d’usage. L’écoulement était contrôlé, avec un trou de vidange dans le bassin, du coté mur d’enceinte. Un canal de 12 m de long passait sous le mur d’enceinte préexistant (!!). L’ouvrage complet du canal faisait en réalité 1,80 m de large sur 1,50 de haut, comprenait une voute avec des tuiles incurvées et des poutres en bois. Un ouvrage stupéfiant qui démontre la maîtrise de ces techniques par les habitants de Méroé !
La décoration du mur Sud présentait des faïences vertes et bleues, des statues, des peintures murales. Une sorte de cloître entourait le bassin et s’ouvrait vers la cour et les jardins.

Copyright DAI Project D-DAI-Z-MRB_20010100_KB-2436_HU (H.-U. Onasch)

Copyright DAI projet Meroe Royal Baths, D-DAI-Z-MRB_20010100_KB-2436_HU (H.-U. Onasch)

Deux phases de décorations ont été restituées : la première montrait une vigne et des grappes rouges, des têtes de lions et de bœufs. Un éléphant était présenté au dessus de la vigne. Dans une deuxième phase la vigne a été remplacée par deux serpents se rejoignant, symbole du dieu Apedemak. De nouvelles statues montrent des musiciens tels qu’un joueur de lyre, de flute de pan (typiquement grecque), … . Il y a là un nombre de signes très représentatifs de la culture égyptienne (hiéroglyphe), locale (le lion Apedemak), ou encore grecque avec un style hellénique (la vigne de Dionysos, les têtes présentées dans des médaillons). La statuaire montrent également un souci de montrer des représentations humaines et en mouvement, style cher au monde classique.

Le dieu Sebioumeker

Le dieu indigène Sebioumeker,

Les bains de Méroé font bien la démonstration du lien de la culture indigène et de l’ouverture du monde méroite à d’autres cultures.

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