Naga au Soudan, cité ouverte au Monde


Pharaon dévore un Nubien

Pharaon dévore un nubien

On connait les interactions de l’Egypte avec le Soudan, le vilain pays de Koush, que Pharaon se plait a représenter sous sa domination. La conférence de Dietrich Wildung du Staatliches Museum Ägyptischer Kunst, de Munich, nous a livré une réalité historique différente.

Situation de Naga

Au sud de la deuxième cataracte il y avait, depuis deux millénaires déjà, un royaume puissant qui s’étendait jusqu’à la 4ème cataracte, le royaume de Kerma. Ce royaume était alors si fort que les égyptiens pensaient qu’il serait nécessaire de construire des forteresses près de la 2ème cataracte.

Nous avons aussi ici parlé du royaume de Méroé. Naga dépend de ce royaume de Méroé, située à 100 km plus au nord. Naga est aussi située à 130 km au Nord Est de de l’actuelle Khartoum, au milieu de la steppe désertique. Depuis la fondation des principaux monuments au 2ème siècle av. JC jusqu’à la fin de la cité au 3ème siècle après JC, Naga a la particularité de n’avoir plus jamais été utilisée par les peuples du désert. Elle est donc restée intouchée jusqu’au moment ou le musée de Berlin en 1994 à reçu son permis de fouilles.

Architecture à Naga

4 temples ont ainsi traversé les millénaires

Naga - Temple d'Amon - chapiteau carré

Naga - Allée des béliers, temple d'Amon

  • Le temple d’Amon, le sanctuaire le plus important de la ville, avec l’allée des béliers, encore sous les débris et le sable, il y a 15 ans. Le temple a été fouillé pendant 10 ans. C’est la structure d’un temple égyptien. Mais les détails ne sont pas égyptiens : les chapiteaux sont des cubes, inconnus de l’architecture égyptienne. Il s’agit  donc d’une contribution autochtone.

Naga - Temple d'Apedemak et chapelle d'Hator au premier plan par UserLassiHU

Temple du lion au fond, et chapelle d’Hator au premier plan

  • Le temple du Lion, du dieu Apedemak. Le pylône rappelle une structure égyptienne mais à l’intérieur il n’y a qu’une seule salle, ce qui n’est pas égyptien mais de type méroïtique,
  • La chapelle d’Hator, avec beaucoup d’éléments hellénistiques.

Ces bâtiments sont tous les trois de la même époque, du premier siècle après JC ! C’est là une preuve d’une attitude culturelle très ouverte au monde, autonome, et qui a fait son choix des différentes formes sans pour autant copier à l’identique.

  • Un quatrième temple, le plus au sud est un temple qui attend d’être fouillé. Situé sur une colline douce, il appartient à un périptère. C’est ici une architecture grecque (le Parthénon d’Athènes est un périptère). Du fait de sa localisation, il était le premier bâtiment pour les voyageurs venant du sud, présentant peut être un message sur le caractère d’ouverture de Naga.

Les reliefs à Naga

Le temple d’Apedemak a repris les figures de la famille royale égyptienne, une combinaison de face et de profil. Mais ici le style est différent, les proportions présentent des corps massifs.

Naga - Apedemak et la reine

Apedemak placé au milieu a trois têtes de lion et à 4 bras a suscité bien sûr quelques hypothèses sur une influence de l’Inde mais il n’y a aucune preuve à ce jour.

Naga - divinité et Reine avec Scarifications et chaine de vie

On retrouve la représentation de la reine Amani Shakheto, assez corpulente, avec des plis au cou et des scarifications sur la stèle ci-dessus. Entre les nez de la reine et de la déesse il y a une chaine, avec l’inscription de signes de vie, car la vie des hommes vient directement des dieux.

La statuaire à Naga

Naga - Déesse Isis - Aegyptisches Museum Berlin InvNrKA 20080313 Goettin Isis aus Naga by Sven-Steffen Arndt

Du point de vue de la statuaire, la plus belle pièce est une statue d’Isis, en faïence. La structure avec son pilier dorsal reprend le principe égyptien, le vêtement et la chevelure sont ceux de la déesse Isis d’Alexandrie, d’époque ptolémaïque, c’est à dire hellénistique romaine mais avec, à nouveau, des proportions de style autochtone : hanches épaisses et jambes assez courtes. Ces 3 inspirations sont combinées à un nouveau style proprement méroïtique.

Venus de Meroe

Dans le même esprit de combinaison stylistique, une autre statue, la Vénus, trouvée à Méroé, suit l’exemple du plus fameux nu de l’art classique, l’Aphrodite de Cnide de Praxitèle. Mais ici il ne s’agit pas d’une simple réplique :  Méroé voulait avoir son Aphrodite typiquement méroïtique. Et l’on voit bien tout ce que cette Aphrodite a emprunté à l’Afrique.

Pour en savoir plus sur Naga

Quelques sites repérés sur le web.

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