La civilisation Maya au Musée du Quai Branly 2


Notre fascination pour les civilisations disparues révèle une méconnaissance encore immense pour ces peuples qui ont su se développer d’une manière incroyable et exceller dans de nombreux domaines pour finalement, disparaître dans le plus grand mystère. Dans la lignée de l’exposition sur la civilisation Maya qui a eu lieu en 2011, le quai Branly nous plonge à nouveau dans la découverte de cette société énigmatique, connue pour sa maîtrise de l’astronomie et de la mise au point de calendriers perfectionnés. C’est à travers un discours pédagogique que s’articulent plusieurs grands thèmes comme celui de la vie quotidienne, de la religion, des rites funéraires, avec la sélection de 400 chefs d’œuvres issus de différentes régions du Mexique et des différentes époques durant lesquelles les différents peuples ont évolué.

Comme présenté dès le début de l’exposition, plusieurs aspects de la civilisation Maya encore mystérieuse sont abordés afin d’en donner un panorama général mais également de mettre en lumière la variété des styles des divers groupes locaux.

Tout d’abord, une présentation générale nous permet de resituer dans le temps la place de la civilisation maya à travers des événements importants de la civilisation pré-hispanique tels que l’édification de sites majeurs, le système calendaire et l’écriture.

Ces trois caractéristiques sont alors mises en corrélation avec d’autres civilisations mésoaméricaines et européennes. Cela met en lumière 3 périodes allant de 1500 avant JC à l’arrivée des conquistadors espagnols en 1517 : préclassique, classique et postclassique. Établi principalement sur trois zones géographiques, leur territoire couvre le sud-est du Mexique jusqu’au Honduras. C’est à la période classique (250-900 ap JC) qu’apparaissent de grandes cités autonomes ou royaumes tels que Calakmuc ou sa grande rivale Palenque, toujours plus au nord. Les différentes aires culturelles mayas montrent une diversité climatique et écologique. Ils ont su s’implanter à la fois dans la jungle tropicale et dans les plaines calcaires. Cette proximité avec la nature signe la première approche de l’exposition et le lien qu’entretenait la civilisation maya avec elle.

La civilisation Maya : L’homme et la nature

On apprend que la nature est omniprésente dans la civilisation maya : les plantes et les animaux occupaient une place importante. Les animaux étaient considérés comme des êtres dotés d’une âme et en rapport avec les forces cosmiques sacrées, voire comme une manifestation des dieux. Cette relation avec les hommes se répercute dans les arts et leurs représentations sont des thèmes récurrents. A la fois naturalistes ou stylisées, ces figures se retrouvent dans les objets de la vie quotidienne.

Ecuelle à couvercle modelé zoomorphe - Civilisation Maya

Ecuelle à couvercle modelé zoomorphe, Becàn, Campeche, Mexique, classique ancien (250-600 apr. J.-C), céramique

Cette société qui a su briller pendant plus d’un millénaire en MésoAmérique a mis en place un structure sociale complexe dans le but de préserver l’ordre économique et politique étayé par une idéologie religieuse. Ce sujet est abordé dans la deuxième partie de l’exposition.

La civilisation Maya : Société et vie quotidienne

En effet, la société maya était très hiérarchisée et divisée en classes. Chacun exerçait une fonction spécifique qui comprenait des nobles, des religieux, des militaires, des artisans, des commerçants, des paysans, les esclaves. Les mayas n’ont jamais été unifiés autour d’un pouvoir central : les nobles dirigeaient des cités états. A la tête de chaque cité il y avait un « Hulac Uinic » que l’on peut considérer comme le souverain. Son titre était héréditaire et regroupait tous les pouvoirs. La découverte des objets de la vie quotidienne et des décors architecturaux révèle des représentations sculptées ou peintes. Elles illustrent surtout les faits et gestes de cette élite dirigeante mais également les triomphes militaires à travers la représentation de prisonniers capturés au combat, dans des attitudes plus ou moins humiliantes.

Sculpture de prisonnier - Civilisation Maya

Sculpture de prisonnier, Tonina, Mexique. Classique récent (600-900 apr. J.-C), Grès.

Beaucoup de représentations des souverains mayas sont accompagnées de symboles des cieux comme la lune, le soleil, Vénus, à travers le port de diadème ou de boucle de ceinture. En effet, la pratique de l’astronomie tenait une place importante dans la civilisation maya. Elle était pratiquée par des prêtres pouvant prédire l’avenir grâce aux astres.

La civilisation Maya : L’homme, le temps, les astres

Les mayas comme les olmèques, autre peuple précolombien, étaient très intrigués par les phénomènes célestes et le mouvement des astres. Comme indiqué lors de notre cheminement dans l’exposition, pour eux « le temps, c’est le mouvement même de l’espace : il obéit donc à la loi des cycles ». Cette interprétation conjuguée à des connaissances astronomiques et mathématiques très précises vont les emmener à la création de calendriers très complexes basés sur la position des astres.

Anneau – marqueur de jeu de balle, Chicen Itza, Yucatan, Mexique. Postclassique ancien, pierre. - Civilisation Maya

 Disque sculpté (monument 16) de Tonina, Classique récent (600-900 apr. J.-C), Grès. Mexique. le signe représenté au milieu représente une date du calendrier : le 9 ajaw, qui correspond au 7 mai 682 de notre ère.

calendrier Civilisation Maya

Anneau – marqueur de jeu de balle, Chicen Itza, Yucatan,  Mexique. Postclassique ancien (900-1250 apr. J.-C), pierre.

Le jeu de balle est un sport rituel qui connaît son apogée dans la civilisation mayas. Étroitement lié à la cosmologie, il était pratiqué lors de cérémonies rituelles. La trajectoire de la balle correspondant à la course du soleil. Les anneaux de pierre disposés à l’est et à l’ouest représentent le lever et le coucher du soleil, tandis que le terrain représente la terre séparant le ciel de l’enfer, où l’homme devait lutter contre les forces des ténèbres. Ces cérémonies se terminaient par la décapitation du capitaine de l’équipe perdante voire de l’équipe entière. Le cœur des cités était lui aussi conçus à l’image du cosmos.

La civilisation Maya : Le cœur des cités

Entre de vastes places à l’image de la mer ou de la terre, des pyramides symbolisant les montagnes sacrées, de grands temples, de somptueux palais, des stèles, des autels, des chaussées, des terrains de jeu de balle, l’ornementation spectaculaire sculptée ou peinte témoigne d’une maîtrise technique incroyable.

Sculpture de serpent, Tonina, Chiapas, Mexique Classique récent calcaire

Sculpture de serpent, Tonina, Chiapas, Mexique. Classique récent (600-900 apr. J.-C), calcaire.

L’art de la civilisation maya période classique est considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux et des plus fins de l’Amérique précolombienne. L’apparition d’un système d’écriture en 300 av JC, est lui aussi tout autant impressionnant.

La civilisation Maya : Les élites gouvernantes et leur historiographie

Composée de nombreux signes et symboles appelés glyphes, l’écriture maya ne connaît pas l’alphabet. Ces combinaisons de glyphes complexes n’ont de nos jours pas réussis à être totalement maîtrisés. Mais la question demeure : que racontent-ils ? Faits historiques, vie des seigneurs, exploits guerriers et cérémonies comme l’auto-sacrifice étaient les principaux thèmes narrés sur les monuments publics, les peintures murales et les vases en céramique.

Acrotère avec dards, Chichen Itza, Yucatan, Mexique Postclassique ancien Calcaire

Acrotère avec dards, Chichen Itza, Yucatan, Mexique Postclassique ancien Calcaire

Parmi les nombreuses représentations que nous ont donnés à voir les chefs d’œuvres de l’exposition du quai Branly, n’oublions pas de mentionner celles des différentes forces sacrées qui composaient le panthéon de la civilisation maya.

La civilisation Maya : Les forces sacrées

Même si nous ne connaissons que très peu de choses sur ce sujet, le panthéon renfermait un nombre incalculable de divinités. Cette prolifération prend sa source dans l’univers que les mayas croyaient peuplé de forces sacrées régissant tout. Elles se manifestaient à travers les forces naturelles, les animaux, les plantes. Chaque divinité pouvait se présenter sous de multiples aspects, mi-homme, mi-animal, animal fantastique, etc.

Sculpture d'un serpent à plumes  - Civilisation Maya

Sculpture d’un serpent à plumes, Chichen Itza, Yucatan, Mexique. Postclassique ancien (900-1250 apr. J.-C), calcaire. Les sculptures de serpents étaient des éléments architecturaux utilisés pour décorer les rampes d’escaliers ou les portiques des bâtiments importants. A la période postclassique, elle symbolisaient le dieu Kukulcan, le serpent Quetzai, incarnation du principe créateur du Ciel, associé au vent, à la pluie, à l’eau et à la planète Vénus

Face à cette multitude de divinités, les mayas ont mis en place des rites et des cérémonies étroitement liés aux cycles terrestre et célestes afin de répondre aux besoins de leurs dieux. En effet, selon les mythes, le monde a été créé pour accueillir l’homme ; et l’homme a été créé pour vénérer et nourrir les dieux.

La civilisation Maya : L’homme face au divin, les rites

Les rites ont pour but de veiller sur l’équilibre du monde, ce qui constitue la priorité des communautés de la civilisation maya. Tous les rituels étaient dictés par le calendrier du cycle sacré de 260 jours. Ils comprenaient des épisodes de purification, d’abstinence sexuelle, de privation de sommeil, d’auto-sacrifice, de prières, d’encensement, de chants et de danses. L’automutilation était couramment pratiquée car l’élite était obsédée par le sang. Des sacrifices sanglants d’animaux et d’êtres humains avaient lieu afin de nourrir les dieux dont l’énergie vitale contenue dans le sang servait d’aliment principal.

Arrachage du coeur - Civilisation Maya

« Cette sculpture singulière représente, dans une posture dramatique, un homme sur le dos, la poitrine redressée et la tête retombant en arrière. On lui a arraché le cœur (…) »

Les mayas croyaient qu’après la mort, l’esprit continuait d’exister. Cette idée a engendré le développement de rites funéraires complexes.

La civilisation Maya : Entrer dans le chemin, les rites funéraires

«La destination de chacun dans l’au-delà ne dépend pas de sa conduite sur terre mais de la forme de sa mort». En effet, le comble pour un maya était de mourir d’une mort naturelle, car il n’allait pas automatiquement au paradis, un long cheminement devait être effectué avant le repos éternel. Les rois, quant à eux, renaissaient dans le monde céleste et devenaient des dieux. Malgré cette vision de la mort, les tombes mayas étaient chargées d’objets de la vie quotidienne, entreposés près du défunt.

Sculpture de jaguar, Chichen Itza, Yucatan, Mexique, Postclassique ancien, pierre

La présentation dans son ensemble de la civilisation maya si complexe semble être une entreprise aussi difficile que séduisante. Le Musée du Quai Branly a su nous montrer les différentes facettes de cette société, même si certaines questions restent sans réponse. Malgré les nombreuses découvertes qui ont été faites depuis deux siècles, la connaissance et la compréhension de cette civilisation reste encore très fragmentaire.

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2 commentaires sur “La civilisation Maya au Musée du Quai Branly

  • Pierre Cuvelier

    Ce compte rendu est très intéressant, comme souvent sur ce site, mais… il y a dans la première phrase une faute d’accord (« révèlent ») du plus mauvais effet…
    Il me semble également utile de rappeler que, si la civilisation maya dans les formes qu’on lui connaît pour cette époque a en bonne partie disparu, les Mayas en tant que peuple existent toujours !
    Sur le même sujet, on peut aussi voir de belles photos sur l’article « Mayas d’hier et d’aujourd’hui » de Taïna Cluzeau, paru le 20 novembre sur le site du Journal du CNRS (avec les photos 13 et 15 sur les Mayas actuels).

  • Agrippa

    Bonjour Pierre 🙂
    >> Ce compte rendu est très intéressant, comme souvent sur ce site, mais… >>> Merci
    >>> il y a dans la première phrase une faute d’accord (« révèlent ») du plus mauvais effet… >>> Je corrige tout de suite !
    >>> Il me semble également utile de rappeler que les Mayas en tant que peuple existent toujours ! >>> C’est vrai ! j’ai cru lire quelquepart encore près de 3 Millions de personnes
    >>> Sur le même sujet, on peut aussi voir de belles photos sur l’article « Mayas d’hier et d’aujourd’hui » de Taïna Cluzeau, paru le 20 novembre sur le site du Journal du CNRS (avec les photos 13 et 15 sur les Mayas actuels).>>> Merci je vais aller regarder celà
    A bientot