Mayas, révélations d’un temps sans fin


Deux ans après la furie médiatique de la supposée fin du monde en lien avec le calendrier maya, le Musée du Quai Branly, toujours là, nous offre une exposition sur la culture Maya. Comme son nom ne l’indique pas, celle-ci couvre plusieurs aspects de ce monde plurimillénaire. Et ce sont en tout plus de 350 pièces très diverses qui ont été mises à disposition par 40 musées et sites mayas. Une exposition dont le champ est beaucoup plus large que celle de la Pinacothèque de Paris exclusivement dédiée aux superbes masques de Jade mayas.

Disons le tout de suite, cette exposition est superbe et je me suis régalé. Il est vrai que mon arrivée nocturne sur les lieux, dans l’espace superbe que sont les jardins du Musée, a permis une mise en condition et a donné d’entrée un ton très exotique à la visite.

La nature maya

L’exposition démarre d’ailleurs avec le monde des ténèbres, la nature et ses animaux … Les mayas ont été observateurs attentifs des plantes et des animaux, ils sont devenus de véritables naturalistes, détaillant les caractéristiques et les propriétés particulières de chaque être vivant. Mais les liens des animaux avec l’espèce humaine se manifestent également dans la croyance qu’ils étaient aussi dotés d’une âme et en rapport avec les forces cosmiques sacrées.

Brique ornée d'un crocodile - Classique ancien

Brique ornée d’un crocodile – Classique ancien ( 250-600 ap. J.-C.). La peau du crocodile évoque la surface de la terre alors que sa gueule suggère l’ouverture de la caverne qui mène au monde silencieux des morts

 

Écuelle à couvercle modelé zoomorphe
Pot à couvercle zoomorphe – Céramique – Classique ancien
Le couvercle représente la tête d’un jaguar noir pourvu d’yeux rouge vif, ce qui renforce les notions de ténèbres et d’obscurité associées à ce félin.

Société et vie quotidienne mayas

Un autre thème présenté est la société et la vie quotidienne. Evidemment, et comme souvent dans les civilisations antiques, les représentations sculptées ou peintes qui figurent sur les monuments et les bâtiments illustrent surtout les faits et gestes des élites dirigeantes. Ces personnages sont montrés accomplissant différents rites lors de cérémonies politiques et religieuses.Elles révèlent aussi diverses coutumes mayas : la déformation crânienne, la façon de s’habiller ou les ornements corporels.

Figure féminine avec le disque présentant le cosmos - Maya Classique récent
Figurine féminine avec le disque présentant les points cardinaux du cosmos et son centre – Classique récent

Le thème du temps est abondamment présenté et détaillé. Ce que je ne ferai pas ici car beaucoup de sites et de ressources présentent ce sujet par ailleurs. Pour les passionnés de système calendaire, sachez cependant que plusieurs panneaux sculptés sont exposés, l’exposition ne se contentant pas de théorie et de panneaux pédagogiques.

Nous arrivons ensuite dans une des plus belles salles, consacrée « au coeur des cités ». La cité est conçue à l’image du cosmos. L’espace plan des places évoque la surface de la mer ou de la terre ; les pyramides symbolisent les montagnes sacrées ou les niveaux célestes et infraterrestres. Le terrain de jeu de balle figure la voûte céleste et l’accès à l’Inframonde. En plus de spectaculaires ornements sculptés, de nombreux bâtiments étaient décorés de peintures murales. La « Reine d’Uxmal ouvre cet espace, où l’on découvre aussi des cariatides.

La Reine d'Uxmal

Reine d’Uxmal – Calcaire, Classique récent

Cette sculpture semble toutefois représenter un personnage masculin. Ce couronnement architectural représente un serpent stylisé, la gueule ouverte, pourvue de cercles qui symbolisent le jade, l’eau et la préciosité. De cette gueule surgit une tête humaine qui porte des ornements d’oreilles et une tiare composée de cercles, figurant eux aussi des perles de jade.

Cariatides - Mayas Post classique ancien
Cariatides – Post classique ancien (900 – 1250 ap. JC)

L’écriture Maya est aussi présentée en détail par plusieurs panneaux montrant et expliquant les glyphes.

Les mayas et le monde invisible

Les forces sacrées sont présentes partout, nous l’avons vu dès le début du parcours, et dans toutes les salles. On découvre notamment un surprenant dieu solaire en pierre verte qui louche ! Il est caractérisé par de grands yeux quadrangulaires, ce strabisme et des pupilles en forme de volutes. L’omniprésence du thème des forces sacrées rappelle qu’elles régissent tout, selon la culture maya, et sont en constante interactions entre elles et avec les hommes.

Dieu solaire en pierre verteDieu solaire en pierre verte (Jadéite) – Classique récent

La dernière salle nous emmène « sur le chemin » et présente les rites funéraires. Pour les mayas, l’esprit continue d’exister après la mort et cette croyance a engendré le développement de rites funéraires complexes. De nombreux objets étaient déposés dans les tombes près des défunts (récipients, bijoux, … voire personnes immolées). Les masques funéraires étaient confectionnés à l’aide de nombreuses tesselles, petits cubes de jade poli, afin de conserver l’image des dirigeants après leur mort, leur évitant toute dégradation, tout en s’imprégnant de leur personnalité et protégeant leur esprit de la mort et des être maléfiques.

Masque funéraire de Calakmul avec ornements d¿oreilles

Masque funéraire de Calakmul avec ornement d’oreilles – Jade et coquillage – Classique récent

Pectoral en jade - Classique récent
Pectoral en Jade, Classique récent. Le T désigne le vent et le souffle vital

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