L’art bouddhique : de l’Inde à la Chine, quelles influences ?


Introduction du bouddhisme en Chine

L’introduction du bouddhisme en Chine viendrait, selon la légende, d’un rêve. Mingdi, un empereur de la dynastie des Han (206 BC- 220 AD), aurait ainsi rêvé d’un homme doré. Interloqué, il demande la signification de cette vision à ses conseillers qui identifient ce personnage comme étant le Bouddha. A la suite de cet événement l’Empereur envoie des missionnaires en Inde; ils vont revenir avec des textes et accompagnés de moines bouddhistes. On attribue également à ce souverain la création du temple du cheval blanc, ou Baimasi, qui se situe à Luoyang et doit son nom au cheval qui transportait le Grand Véhicule. Au-delà de cette dimension légendaire, on considère que le bouddhisme serait arrivé en Chine vers l’an 67. On notera cependant que quelques timides tentatives d’interculturalité avaient déjà vu le jour sous le règne du souverain indien Asoka (269-232). Persécuté au départ, ce mouvement va s’installer au IVe siècle. On assiste en effet à cette époque à la traduction des textes religieux et à la création d’écoles bouddhiques. C’est pourquoi l’art bouddhique va beaucoup se développer à partir de cette période, notamment dans l’art rupestre et la sculpture.

La reprise des canons indiens…

Les artistes chinois vont tout d’abord reprendre fidèlement l’iconographie et les canons des écoles d’art indien. Ils vont donc majoritairement s’inspirer des œuvres de l’école du Gandhara qu’ils ont pu voir. Cette dernière a un style panhellénique influencé par l’art grec après les conquêtes d’Alexandre le Grand. On note, dans cette école, un désir de réalisme qui s’exprime au niveau du modelé des figures et dans le traitement du vêtement monastique du Bouddha qui couvre ses deux épaules. On retrouve par exemple ces éléments dans l’œuvre chinoise suivante où le drapé est caractéristique de cette influence :
Bouddha Maitreva - Art bouddhique en Chine, Dynastie Wei

Bouddha Maitreya, Chine, Dynastie Wei, 486 AD, H:55cm, bronze doré, Metropolitan museum of art (New-York).

On voit bien ici que le vêtement épouse la forme du corps mais le bas de sa tunique est quelque peu inhabituel. Ceci est la marque d’un début d’émancipation par rapport aux modèles indiens.

Mais on s’en détache peu à peu

Les artistes vont commencer à se détacher des modèles indiens à partir du Ve siècle. Cette nouveauté se distingue plus dans le traitement esthétique des œuvres que dans l’iconographie qui est le plus souvent respectée. C’est à cette période que le motif des «plis amidonnés» ou en «ailes d’hirondelles» voient le jour. De plus, les personnages vont devenir plus plats, vont perdre leur ampleur, le canon va s’allonger et les épaules se feront plus tombantes sous les Wei. Le corps disparaît presque sous le vêtement monastique. On pourra citer l’œuvre représentant les Bouddhas Sakyamuni et Prabhutaratna, conservée au musée Guimet.

Sakyamuni et Prabhutaratna, Art bouddhique en ChineSakyamuni et Prabhutaratna, Chine, H : 28cm, bronze, 518 AD, musée Guimet.

Cette œuvre a été commandée par deux moines en hommage à leurs parents décédés. Prabhutaratna, un Bouddha du passé, vient assister Sakyamuni lors de la récitation du Soutra du Lotus de la bonne Loi. Les plis de leurs vêtements se terminent en pointe, c’est donc ce que l’on appelle des «plis amidonnés». Les mandorles ont été réalisées à part puis fixées au reste de l’œuvre par des tenons.
L’art bouddhique s’est beaucoup développé à travers l’art rupestre. On retrouve l’idée d’un art dont les figures sont peu incarnées dans les grottes de Dunhuang, dans la province du Gansu. Ce site a été fondé au IIe siècle av. J-C. Il compte 700 grottes environ où on trouve des œuvres sculptées et des peintures. Beaucoup de ces œuvres représentent des jataka, c’est-à-dire des épisodes des vies antérieures du Bouddha historique. On prendra pour exemple le Ruru jataka. Il s’agit du moment où le Bouddha est réincarné en gazelle dorée. Les personnages n’ont pas de volume dans cette œuvre, ils sont suggérés par des traits de contours. La peinture est traitée en aplat.

Ruru jataka, grottes de Dunhuang - Art bouddhique en
Ruru jataka, grottes de Dunhuang (n°257), Wei du nord, Ve siècle.

On observera que la plupart des sculptures de ce site sont engagées dans la roche.
Enfin, l’art bouddhique tendra ensuite vers un retour à un traitement charnel des corps. Les visages sont plus ronds. Les silhouettes sont plus cambrées et charnues à partir des Zhou du nord (556-581).
L’influence indienne a donc été importante dans l’évolution de la pensée chinoise. C’est au contact de cette culture que la Chine s’est ouverte au Bouddhisme. Les artistes ont tout d’abord naturellement repris les canons indiens existants pour représenter le Bouddha. Ils se sont ensuite détachés de ce modèle pour créer un style qui leur est propre. Néanmoins on notera un retour aux sources indiennes aux siècles suivants : les chinois vont s’inspirer de leurs contemporains, les Gupta.

Pour plus d’informations

  • WATSON William, L’art de la Chine, Paris, Citadelles et Mazenod (coll. L’art et les grandes civilisations n°9), 1997, pp. 127-207.

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