Le jade : symbolique et utilisation


L’art du jade en Chine est très ancien : on le fait remonter au néolithique, soit entre 5000 et 2000 avant Jésus-Christ. Cette pierre dure est appelée yu, c’est-à-dire « belle pierre ». C’est en effet sous ce nom que l’on désignait toute pierre que l’on jugeait belle et luisante. D’un point de vue minéralogique on peut trouver deux sortes de jade : la néphrite, qui est plutôt blanchâtre ou verte, et la jadéite, pierre assez dure dont les couleurs peuvent varier du vert au rouge. Il convient de préciser que seule la néphrite est employée dans les premiers temps de l’art chinois. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’on commence à utiliser la jadéite. Le jade a eu une importance fondamentale dans la culture chinoise, tant d’un point de vue symbolique qu’en raison de sa relative rareté et de ses nombreux emplois : outils, ornements, objets cultuels…

I- Les différents emplois du jade au néolithique : 5000-2000 av. J-C

C’est au néolithique que l’on met au point la technique de sculpture du jade. Cette pierre est assez dure à travailler ; on la polit avec des poudres abrasives et la sculpte par des mouvements de friction et de rotation.

a) Le jade et la culture de Hongshan

Les jades de la culture de Hongshan (3500 à 2500 av. J-C) représentent fréquemment des animaux. Lors de fouilles à Jianping, par exemple, on a pu mettre à jour des dragons et des carapaces de tortues en jade. Mais cette culture est surtout connue pour sa production de zhulong, littéralement « dragon-cochon ».

Jade - zhulong

Zhulong, néphrite verte, IVe millénaire BC, Liaoning, 15,3 cm, musée Guimet

Il s’agit d’animaux hybrides à caractère magique : ils ont un corps serpentiforme et une tête de cochon, avec un groin, des oreilles dressées et des yeux ronds. Ces disques de jade sont généralement sectionnés sur un côté et perforés. On considère qu’ils étaient réservés aux personnages importants de la société agricole de Hongshan. On voit donc que le jade était, déjà à cette époque, considéré comme un marqueur social. De plus, on en a fréquemment retrouvé, dans des sanctuaires de cette région des zhulong, associés à des statuettes féminines en argile. Il pourrait s’agir de lieux de culte dédiés à des déesses de la fertilité. Le jade est donc également associé à des rites.

b) La culture de Liangzhu : 4300-2400 av. J-C

La culture de Liangzhu, qui est contemporaine de celle de Hongshan, est très habile dans la taille du jade. Elle se caractérise par la production de ce qu’on appelle les vases cong. Ce sont des objets rectangulaires qui ont une section circulaire en leur centre ; ils peuvent être plus ou moins hauts. Ces objets représenteraient la terre et auraient une fonction cultuelle, apotropaïque. Certains vases cong peuvent être décorés de figures anthropomorphes ou zoomorphes ; certains considèrent ces motifs comme étant à l’origine du taotie que l’on peut trouver sur les bronzes ultérieurs.

Jade - Cong anthromomorphe

Cong anthropomorphe

Enfin, la particularité majeure de cette culture est qu’elle pratique l’enterrement sous le jade. La société étant très hiérarchisée, ce rituel est certainement lié à des rites funéraires aristocratiques. Le corps du défunt est alors recouvert de pièces de jade : cong, bracelets en jade et autres ornements. On pourra noter que les rituels funéraires avaient beaucoup d’importance en Chine et qu’ils étaient notamment associés à des sacrifices humains.

II- Le Jade sous les Shang ( 1700-1050 av. J-C) et les Zhou (1050-221 av. J-C)

a) Le jade : marqueur social et pratique funéraire

Le jade est utilisé comme marqueur social en Chine ; il est le symbole du pouvoir absolu de l’Empereur. « La mélodie du jade » est d’ailleurs une expression souvent employée pour qualifier les paroles du souverain. Les aristocrates se doivent eux-aussi de posséder des objets en jade afin d’asseoir leur autorité ; on va notamment en retrouver dans leurs tombes.

Nous avons déjà pu voir que le jade a été employé dans les tombes dès le néolithique. Cette pratique va s’accentuer au fil du temps. L’historien Sema Qian la mentionne d’ailleurs en 1046 dans ses Mémoires historiques. Le jade est considéré comme un matériau d’éternité, capable de préserver le corps, et c’est donc tout naturellement qu’on va le placer près du défunt. Cette pierre était souvent utilisée pour boucher les « neuf orifices » du défunt afin d’empêcher que ses derniers souffles ne s’échappent.

En ce qui concerne le mobilier funéraire en jade de l’époque, on prendra l’exemple de la tombe de la dame Fu Hao, reine Shang. Bien que cette tombe soit surtout connue pour les nombreux bronzes qu’elle renferme, on y trouve également de magnifiques œuvres en jade. On pourra évoquer des pièces en forme de phénix et d’autres, plus particulières encore, comme des figurines anthropomorphes. On y a aussi retrouvé des pièces plus anciennes, datant de Hongshan par exemple.

Jade - Fu Hao Phénix

Phénix, fouilles d’Anyang, province du Henan

Jade Fu Hao

Personnage agenouillé, 7 cm, Anyang, musée de Fu Hao

b) Les disques bi

Sous les Zhou, le disque bi va venir remplacer les cong et devenir l’un des objets rituels les plus importants. Ce sont des disques de jade perforés, censés représenter le ciel. On retrouve ici encore le rôle apotropaïque accordé à cette pierre.

Jade - disque bi

Disque bi

III- Les extraordinaires linceuls de jade des Han : 206 av. J-C à 220 ap. J-C.

On a déjà pu trouver cette forme si particulière de linceuls sous les Shang, dans la tombe du roi Zhouwang, mais c’est véritablement sous les Han que cette pratique va se développer. De petites plaques rectangulaires en jade, polies, sont cousues entre elles avec des fils d’or ou de cuivre afin de former une véritable armure. L’ensemble recouvrait le défunt des pieds à la tête. Ces objets sont sûrement liés au caractère d’immortalité qui était associé au jade et sont une évolution de l’ensevelissement que l’on pouvait trouver au néolithique.

armure de jade HanLinceul de jade, tombe du prince Liu Xiu, jade, or et bronze, 182 cm, Han occidentaux, musée de la province du Hebei

La production de jade va devenir plus abondante sous les Han et son utilisation va s’élargir à d’autres couches sociales comme les notables ou les hommes de Lettres. Dans les périodes suivantes, les objets vont de plus en plus perdre leur dimension rituelle pour devenir essentiellement décoratifs.

Le jade est donc un matériau fondamental dans la culture chinoise : il est associé à la richesse, à un statut social élevé et à l’éternité, à l’au-delà. Il est d’ailleurs cité dans la littérature par de nombreux auteurs, tel Confucius qui le convoque pour établir les critères de la vertu :

les sages de l’Antiquité comparaient la vertu au jade. Il est l’image de la bonté parce qu’il est doux au toucher, onctueux ; de la prudence parce que ses veines sont fines, compactes et qu’il est solide […].

Enfin, on pourra observer que d’autres pierres dures que le jade, telles que la turquoise, la malachite ou encore l’agate, ont pu être employées dans l’art chinois, notamment pour réaliser des incrustations.

Notre galerie de Jade chinois