Les bronzes archaïques chinois


Une antique légende chinoise rapporte qu’au temps du souverain mythique Yu Le Grand, neuf bergers envoient du métal de leur province. Le vertueux souverain fait alors fondre neuf tripodes, qu’il est seul à même de posséder. Symbole de chacune des neufs provinces du royaume, chaque vase incarne alors une partie du domaine royal. Ce mythe souligne le prix attaché par l’histoire chinoise aux bronzes archaïques. Ils sont un signe de bon augure accréditant le mandat céleste.

C’est ainsi que le Musée Guimet nous fait rentrer dans l’univers artistique d’une Chine à l’aube de son apogée. L’exposition « trésor de la Chine Ancienne » est un hommage à la collection privée Meiyintang de bronzes archaïques chinois que l’on peut découvrir pour la première fois du 13 mars au 10 juin. Le parcours se fait à la fois sur un plan chronologique et esthétique grâce à la présentation d’une centaine de pièces d’une qualité exceptionnelle.

Bronzes archaïques chinois - Une vitrine

Les pièces, datant du IIème et Ier millénaire avant notre ère, nous laisse explorer l’histoire du bronze chinois principalement liée aux rituels et à la guerre à travers ses évolutions, ses changements, ses différentes tendances.

Bronzes archaïques chinois  - Tripode Li, pour la cuisson et les offrande de Viandes - Shang - 14eme av JC

Tripode LI pour la cuisson ou les offrandes de viandes,  Dynastie Shang, Période de transition, Entre Erligang et Anyang, XIVe siècle avant notre ère 

Les premiers bronzes archaïques que nous rencontrons sont de style Erligang (période Shang) que l’on pourrait comparer stylistiquement aux vases grecs archaïques. Ceux-ci sont composés en relief de simples motifs en zigzag, de spirales qui vont finir par tapisser le fond. Puis, nous voyons apparaître de longues frises qui occuperont tout l’espace. La diversité des formes et des décors qui s’installe nous permet de voir ici, un choix politique, celle d’un souverain voulant asseoir sa légitimité, affirmer la puissance de sa dynastie et assurer le lien avec le sacré.

L’exposition se concentre ensuite sur le bestiaire utilisé sous les périodes Shang et Zhou. En effet, les œuvres présentées sont plus travaillées. On voit apparaître sur les parois des masques animaliers tels que des dragons, des serpents, des oiseaux, tirés des mythes de la chine néolithique. Ceux ci vont ensuite évoluer sous les Zhou vers une représentation plus sculpturale. Cette audace dans les formes atteint rapidement la perfection.

Bronzes archaïques chinois - Pied d'un Ding en forme de tigre - Shang - 13ème-11ème siècle av JC

Pied d’un Ding ; En forme de tigre ; Chine du sud ; Dynastie Shang ; Période d’Anyang ; XIIIe siècle

Bronzes archaïques chinois - Série de 4 ding pour la cuisson ou les offrandes de viandes

Série de 4 ding pour la cuisson ou les offrandes de viandes, Royaume des Qin, Chine du Nord, Dynastie des Zhou Orientaux, VIIème siècle avant notre ère.

A partir du Xème siècle, les récipients à aliments en particulier, deviennent plus prépondérants, et de nouvelles formes se mettent en place ; cela est du a une volonté politique de changement sous les Zhou afin de ce différencier des Shang. La monumentalité des récipients devient le mot d’ordre. Le luxe de la cour va devenir un critère de composition. Se met alors en place une course à l’ostentation. Les objets ne sont plus uniquement destinés aux rituels. On constate un mélange dans les matières, une abondance et une complexité des motifs.

Par ailleurs, et c’est sur cette idée que ce termine notre tour d’horizon, cette société guerrière va également prendre pour support de décoration ces armes de guerre, tel que les chars, qui auparavant servaient lors de combats, et qui vont finir comme objet de parade lors des défilés afin de promouvoir la puissance du souverain.

Bronzes archaïques chinois - Une vitrine avec éléments de char

Heureusement pour nous, simple visiteur, des tableaux comparateurs sont affichés nous permettant de mieux comprendre la situation. Les différents noms indiqués ne sont pas forcément les plus simples à comprendre. Nous pouvons ainsi prendre un peu plus conscience que ces objets non pas de fonction réellement utilitaire mais plutôt « magique ». Nous comprenons mieux l’évolution de leur forme et de leur rôle en fonction des différentes dynasties qui se succèdent, afin de mieux établir leur souveraineté. Mais à la fin du Ier millénaire, l’âge du bronze va connaître un déclin tout en gardant un certain prestige auprès des dynasties suivantes qui y feront référence.

Témoin d’une élégance totalement acquise, cette exposition nous entraine dans une Chine archaïque déjà très consciente de la valeur de cet art. Valeur que nous devons à notre tour chercher et comprendre.

Pour en savoir plus

Un commentaire ?