Ptolémée et ses portraits, époque hellénistique en Egypte – Deuxième Partie 1


Suite du précédent billet, …

Durant la période hellénistique, beaucoup de rois et de reines se font représenter assimilés à un dieu ou une déesse. Cette assimilation pourrait être héritée de Philippe II, roi de Macédoine, qui s’est fait représenter au côté des douze dieux de l’Olympe. Puis son fils, Alexandre le Grand, s’est fait reconnaitre à Siwa, fils de Zeus. Sur les monnaies d’Alexandre, émises après sa mort par les Diadoques, Alexandre est représenté avec les deux cornes de bélier du dieu Zeus-Ammon, comme sur ce camée (datant de la fin du IIème s. –début du Ier s. av. J. –C.) : là aussi, le jeune roi porte le diadème royal.

Alexandre le Grand représenté avec les deux cornes de bélier du dieu Zeus-Ammon - camée

 Alexandre est représenté avec les deux cornes de bélier du dieu Zeus-Ammon

Le camée suivant gravé dans une sardonyx (vers 230 av. J. –C.) représente Ptolémée IV assimilé à l’enfant Horus. Le buste du roi émerge d’un calice, et il porte la couronne de la Haute et de la Basse Égypte, avec la boucle de l’enfance. Mais on voit aussi un pan du diadème royal qui retombe sur l’épaule.

Ptolémée IV assimilé à l’enfant Horus. Le buste du roi émerge d’un calice, et il porte la couronne de la Haute et de la Basse Égypte, avec la boucle de l’enfance

Ptolémée IV assimilé à l’enfant Horus

 

Ci dessous, on reconnait Ptolémée X Alexandre Ier, adolescent, de dos, qui fait le geste d’Harpocrate. Sa tête est ceinte du diadème royal.  Celui-ci est taillé dans un onyx blanc, vers 120 av. J. –C.

 

Ptolémée X Alexandre Ier, adolescent, de dos, qui fait le geste d’Harpocrate. Sa tête est ceinte du diadème royal

 Ptolémée X Alexandre Ier

Les reines se font représenter assimilées à une déesse comme ici :

camée taillé dans une sardonyx, vers 230 av. J. –C., qui illustre le profil droit de la reine Bérénice II assimilée à Athéna Parthénos

 La Reine Bérénice II

On a un camée taillé dans une sardonyx, vers 230 av. J. –C., qui illustre le profil droit de la reine Bérénice II assimilée à Athéna Parthénos. Elle porte un casque orné d’un griffon et d’un sphinx, et on voit aussi une étoile à six branches sur le garde-joue, qui est relevé.

Arsinoé II. Camée, sculpté dans une améthyste, datant du début du IIIème s. av. J. -C.

C’est Arsinoé II assimilée à Héra. Elle porte une stéphanè, couronne d’Héra, et elle est voilée. Son visage est plein, avec une bouche petite et charnue, le nez droit et les yeux très grands ouverts.

 

D’autres représentations des rois et des reines hellénistiques révèlent leur assimilation à un dieu ou à une déesse. On sait que les rois orchestraient leur apparition : les processions -le roi présente son trésor et ses butins de guerres à son peuple- et l’évergétisme -le roi offre des cadeaux à ses philoi, ses amis, (disons comme les courtisans à la cour de France), parce qu’il est puissant. Il y a une recherche ostentatoire assumée du roi. La nature supérieure de la personne royale doit donc être clairement indiquée : cela passe par une divinisation de sa personne. Et à l’époque hellénistique, on honore le culte du roi.

Pour finir, un très bel objet révèle bien que les arts sont au service du roi et de sa propagande : c’est une phiale en sardonyx, taillée en un seul bloc, dont l’intérieur est un camée. Cette phiale est connue sous le nom de la « Tasse Farnèse » et est datée entre 181 et 173 av. J. –C.
L’intérieur de la phiale représente une scène allégorique, avec à gauche un personnage barbu, assis, un drapé autour des jambes, qui tient une corne d’abondance. Au milieu un homme debout, habillé d’un chiton, tient dans la main droite un joug de charrue et porte au bras gauche un sac de graines. A droite, deux femmes sont assises avec un drapé autour des jambes : l’une tient une phiale, et l’autre une corne d’abondance.
Au premier plan, une femme est assise sur un sphinx, assimilée à Isis. Elle porte une longue tunique, coiffée avec des boucles à l’anglaise et par-dessus un bandeau, et elle tient une gerbe de blé dans la main droite. Les deux derniers personnages dans le ciel sont des allégories masculines nues, avec un drapé, et l’un d’eux souffle dans un coquillage. Ce sont les Vents étésiens personnifiés.
Cette scène représente les bienfaits de la crue du Nil, avec la personnification du Nil, qui est l’homme barbu, et l’homme au centre est Triptolème, dieu de l’agriculture avec le joug de charrue et le sac de graines, et les deux femmes sur la droite sont des Horai.

Phiale connue sous le nom de la Tasse Farnèse et est datée entre 181 et 173-av.-J.-–C. Intérieur

Intérieur de la phiale

La femme au premier plan pourrait être une personne royale assimilée à Isis, comme la plupart des reines lagides. Sa coiffure est similaire à celle de Cléopâtre Ière au moment où elle assurait la régence. Elle est assise sur un sphinx, et en Égypte ancienne le sphinx est porteur de l’Uraeus, symbolisant le roi mort. Ici, la triade est à la fois royale et divine.

Le dos de la phiale est également sculpté : c’est un masque de Gorgone, qui dans l’antiquité avait une fonction apotropaïque. On voit dans ses cheveux les deux ailes au sommet de la tête, et les nombreux serpents.

Phiale connue sous le nom de la Tasse Farnèse et est datée entre 181 et 173-av.-J.-–C. Extérieur

Extérieur de la phiale

Cette phiale a été fabriquée à Alexandrie, pour la cour royale des Ptolémées, et elle a pu servir d’instrument rituel lors de cérémonies religieuses. C’est un bel exemple de l’art de cour ptolémaïque. Elle est conservée au Musée de Naples.

L’assimilation des rois lagides avec un dieu grec ou égyptien dans l’art s’explique par leur revendication d’une ascendance divine. On peut comparer cette posture avec celle des rois de France qui se font reconnaitre roi par droits divins.

Pour en savoir plus

  • La Gloire d’Alexandrie, 7 mai – 26 juillet 1998, Paris Musée, 1998, 336 pages
  • Jean Charbonneaux, Observation sur la signification et la date de la tasse Farnèse, Comptes-rendues des Séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1956, Vol. 100, N° 2, p. 162-163.

A propos de Laudine

Laudine Cabourdin. Doctorante à Paris I. Sujet : Les productions de luxe dans les ateliers royaux à l’époque hellénistique (bijoux, parures, vaisselle, meubles, tissus).

Un commentaire ?

Commentaire sur “Ptolémée et ses portraits, époque hellénistique en Egypte – Deuxième Partie