Le combat contre l’Hydre de Lerne, évolution iconographique


L’ Hydre de Lerne est un des monstres les plus connus, et l’un des plus emblématiques de la mythologie grecque. Indéfectiblement attaché à la geste héracléenne, l’Hydre de Lerne appartient à une fratrie de monstres composée de Cerbère, Orthos et Chimère. Ces enfants d’Echidna comptent également dans leur généalogie Géryon, le Lion de Némée et Phix. De ces frères et sœurs, l’Hydre de Lerne partage quelques caractéristiques : la polycéphalie, la situation aux confins du monde et le lien indéfectible à la geste héraclèenne. Monstre des confins, l’Hydre de Lerne appartient à un monde de l’humide et de l’obscurité, typique du voisinage de l’au-delà. C’est un cadre sauvage ou toutes formes de civilisation et de culture sont absentes.

Hydre de Lerne - British Museum BM 3205 début VIIème siècle avant J.-C Fibule en bronzeFibule en bronze, British Museum, BM 3205, début VIIème siècle avant J.-C.

Si les témoignages littéraires sont peu nombreux, le thème a connu un certain succès iconographique dès le début du VIIème siècle avant J.-C. Plus d’une centaine d’illustration du mythe sont ainsi disponibles. Les plus anciennes images sont trois fibules corinthiennes gravées, datant de la fin du VIIIème siècle ou du début du VIIème siècle avant J.-C. Celle conservée au British Museum représente la scène de combat contre l’Hydre de Lerne. Un homme à droite empoigne solidement une hydre à cinq têtes, dressée face à lui. Le cadre évoque les parages d’un lac ou d’un marais. En dessous de lui, un personnage beaucoup plus petit (vraisemblablement Iolaos) semble s’en prendre à la queue du monstre.

Un groupe de 13 vases corinthiens datant du Vème siècle avant J.-C., reprend ces motifs avec une variation dans la position des personnages ; désormais, Héraclès et Iolaos sont de part et d’autre de l’Hydre de Lerne.

Hydre de Lerne - Skyphos à figures noires - Louvre CA 3004 - Peintre de Samos - Vers 585 - 570 avant J.-C.

Skyphos à figures noires, Louvre CA 3004, Peintre de Samos, Vers 585 – 570 avant J.-C.

Les peintures de vases attiques introduisent un changement majeur dans la représentation de l’Hydre. Le monstre n’est plus un long serpent qui se partage en plusieurs ramifications . Il offre désormais une double nature : le corps constitue un tronc qui est surmonté de serpents. Son apparence le rapproche même, assez souvent, de celle d’un poulpe.

Amphore à col à figures noires - Louvre F 386 - Peintre de Diosphos Vers 500 - 490 avant J.-C.

Amphore à col à figures noires, Louvre F 386, Peintre de Diosphos, Vers 500 – 490 avant J.-C.

La présence du feu n’apparaît qu’à partir du début du Vème siècle avant J.-C. Cet élément est le dernier à s’ajouter à une scène qui tend à devenir stéréotypée où Héraclès est armé d’une harpe et Iolaos porte des torches ou des tisons.

Lécythe à figures noires - Louvre CA 598 - Peintre de Diosphos Vers 500 - 475 avant J.-C.

Lécythe à figures noires – Louvre CA 598 – Peintre de Diosphos Vers 500 – 475 avant J.-C.

Ces différents vases témoignent d’une évolution du mythe qui court sur deux siècles et qui se manifeste également dans la poésie.
Hésiode, qui nous offre la plus ancienne mention de l’hydre (Th., 513-518) fait néanmoins état de l’aide qu’Iolaos apporte à Héraclès dans son combat contre le monstre. Le poète mentionne également la présence d’Athéna, aux côtés du héros. C’est Euripide qui, le premier, précise qu’Iolaos porte des torches lors du combat (Ion, 190-200). Cette évolution parallèle ne permet pas de déterminer laquelle, de l’iconographie ou de la poésie, a influencé l’autre.


A propos de Thomas

Docteur en Histoire (UPEC). Sujet de Thèse : Discours et Représentations de l’Au-delà en Grèce ancienne, sous la direction de M.-F. Baslez. Recherches en cours sur les échanges culturels entre l’Hellénisme et le Christianisme antique.

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