Le sanctuaire grec archaïque et l’évolution de la statuaire


Au 8eme siècle se mirent en place les structures fondamentales de la polis grecque. La polis comprend 3 zones : le sanctuaire commun, l’agora, et la nécropole. Tous les espaces publics avaient pour fonction de mettre en relation les hommes vivants et les autres entités de l’espace conceptuel : le culte des dieux avait pour cadre le sanctuaire, celui des défunts s’exprimait dans le secteur des tombeaux et sur l’agora on retrouvait ses concitoyens vivants pour les affaires politiques et économiques. Les images et les lieux servaient à l’interaction entre les membres des communautés (dieux, mort, concitoyen).

Le sanctuaire grec et les premières offrandes

Dans les grands sanctuaires au rayonnement régional, au 8ème siècle, à Olympie, Delphes et Délos, ou encore Athènes, on se mit à apporter aux dieux des statuettes de bronze ou de terre cuite ou encore de grands trépieds ornés en guise d’offrandes votives . Les sanctuaires furent aussi les premiers grands projets architecturaux. Images et monuments permettaient les interactions entre hommes et dieux

Dans le sanctuaire d’Olympie qui dès le 8ème siècle attirait des voyageurs de tous les horizons, ont été déposé des milliers de statuettes de bronze et de terre cuite qui livre une image de société de propriétaires terriens. D’un côté des hommes nus en position de prière, et de l’autre coté du bétail, des chevaux, taureaux et béliers. Les dieux sont traités comme des propriétaires terriens dont on augmentait les richesses.

Quelques générations plus tard, vers le milieu du 7ème siècle av JC, on commença à produire aussi des statues de grand format. Elles étaient conçues comme des offrandes votives pour les dieux ou des images de défunt pour les tombeaux. Cette évolution de format constitue une rupture historique. L’image se trouve désormais placée à égalité avec celui qui la regarde. La statue ne peut être évitée ou déplacée simplement. De plus leur personnalité prend un relief encore plus important par les épigrammes qui interpellent aussi le passant.

Sanctuaire de Delos - Artemis, offrande de Nicandre, 1m75 Sanctuaire grec de Délos – Artémis, offrande de Nicandre, 1m75

Des donateurs commencèrent à ériger des statues de marbre excédant souvent la taille humaine. Ces œuvres se distinguent de facto de la masse des offrandes de petit format. Le prestige des donateurs s’en trouvaient ainsi augmenté.

Sanctuaire grec de Délos

Très tôt le sanctuaire grec d’Apollon de Délos devint un centre religieux pour les iles des Cyclades avoisinantes. Dans les lieux du sanctuaire on rencontrait des statues des dieux. Mais aux alentours de 600 av JC, le site prit un aspect nouveau quand fut érigée une statue colossale d’Apollon de près de 10m de hauteur, en marbre blanc avec des éléments de bronze.

Sanctuaire grec de Délos - Main gauche de la statue monumentale d'ApollonMain du colosse – Sanctuaire grec de Délos

Le dieu dominait largement les constructions voisines. Depuis cette position, tourné vers le port, il accueillait les visiteurs arrivés par bateau. Avec cette statue les Naxiens offraient une forte présence visuelle. Mais ce passage à l’échelle monumentale a une signification plus lourde : cette fois-ci, la statue est érigée par une communauté qui a conscience d’elle-même comme entité, et non par un seul donateur.

Kouros et Korè dans le sanctuaire grec

Une présence massive de statues en pied est aussi particulièrement remarquable dans le sanctuaire d’Hera à Samos.

Sanctuaire grec de Samos - Kouros Isches - 5m

Sanctuaire grec de Samos – Kouros Isches – près de 5m de haut

Aux images représentant les dieux venaient s’ajouter les images représentant les hommes. Une élite déposa dans le sanctuaire des statues de jeunes gens, les célèbres Kouros (pour le sexe masculin) et Korè (pour le sexe féminin). Le type du Kouros a été élaboré au 7ème siècle, à l’imitation des statues égyptiennes dont il imite le mouvement figé avec la jambe gauche avancée et tendue et les bras le long du corps.

C’est la représentation de la jeunesse aristocratique telle qu’elle se réunissait à l’occasion des cérémonies célébrées dans le sanctuaire. Leur présence et leur participation à la procession et à la danse couronnaient les grandes festivités.

Sanctuaire grec de Samos - Kore dédiée par Cheramyes - 1,92m

Pour la représentations viriles, la sculpture grecque choisit la nudité. Mais les effigies féminines sont vêtues. La korè ci-dessus porte le chitôn sur l’épaule gauche, qui gaine le corps avec un plissé fin, et l’himation, en écharpe sur l’épaule droite. Les vestiges laissent penser que les œuvres votives étaient concentrées, sur le pourtour de l’autel mais aussi sur la voie sacrée et la route nord/sud donc sur des lieux où il y a la plus grande visibilité. Pour les filles, les fêtes célébrées étaient la principale occasion d’apparaître en public et de susciter l’attention des soupirants. Les statues reflètent aussi également l’importance croissante des alliances entre les membres de catégories supérieures.

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