Les vases votifs des mystères d’ Eleusis

| 24/02/2013 | Reply

Eleusis, le grand sanctuaire des déesses Déméter et Coré en Attique, fut un centre de culte majeur de l’antiquité grecque. Ses Mystères restent synonymes du culte initiatique par excellence. Les initiés, mystai en grec, restaient muets, ne révélaient ni les expériences de l’initiation, ni les secrets du rite. Malgré la splendide monumentalité du site et le nombre important d’offrandes précieuses faites au cours des siècles, peu d’objets originaux, maniés, touchés par les mystai en personne, peuvent être liés avec précision aux rites de la période classique, celle de de l’apogée du sanctuaire, entre Périclès et Lycurgue.

Une forme particulière de vase rituel, destinée à occuper une place centrale lors des rites préparatifs, comme dans les rites de clôture de l’initiation proprement dite, s’est développée à partir du Ve siècle av. J.-C. Ces récipients de forme humble mais étrange, réalisés en argile, argile dorée, marbre ou bronze, pouvaient être de taille miniature –il s’agit alors de vases votifs-, de taille normale, mais aussi monumentale. Leur image s’est vite propagée comme symbole par excellence des mystères eux-mêmes. Comme un autre vase sacré, il servait autant à la consommation qu’à l’arrosage rituel des fruits de la terre, c’est-à-dire des dons de Déméter à l’humanité. Une observation minutieuse de ce matériel par Christina Mitsopoulou , chargé de symbolismes, fut fort révélatrice.

Compte rendu

Eleusis se situe à 20 km à l’Ouest d’Athènes. Le nom signifie « Arrivée », « Venue », comme peut être l’arrivée aux enfers de Déméter en quête de sa fille Perséphone enlevée par Hadès.

Pour nous présenter le site, la conférencière nous a tout d’abord montré quelques clichés récents très surprenants  : le site d’Eleusis, fermé toute l’année, ouvre le 21 septembre, pour accueillir une foule de dévots, généralement des femmes, venues célébrer la richesse des récoltes. Nous voilà plongés immédiatement dans l’ambiance de culte:-)

Le site a été fouillé systématiquement de 1822 jusqu’à la seconde guerre mondiale . Un des premiers, Demetrios Philios, remarque de drôles de vases dont voici un exemplaire.

Vase rituel d'Eleusis - Musée d'Eleusis

 

Différentes tentatives de rapprochement vont alors être faites par rapport à des vases connus : les kernos et les plemochoe

Kernos

Kernos

 

Plémochoé 550-525 av JC - Louvre

 

Plemochoe

Plus tard, en 1895, Andreas Skias, découvre la Plaque votive attribuée au peintre Ninion

Stèle de Ninnion

 

La scène présente l’arrivée d’humains devant des divinités. Cette œuvre a suscité beaucoup de théories. Certains y voient la représentation du premier et dernier jour de la célébration. D’autres y voient la représentation de la procession. Une femme porte un vase sur la tête dans lequel sont plantés quelques brins de myrte. Ceci renforcera en tous cas l’hypothèse en faveur d’un kernos.

On a inventorié en réalité près de 400 vases sur le site avec une extrême variété typologique. A tel point que certains chercheurs proposeront de retenir les deux hypothèses (kernos et plemochoe) avec soit une différentiation des fonctions rituelles soit une fusion typologique.

Autre difficulté pour la compréhension de ces vases, ceux-ci ne sont pas tous datés de la même période ; Ils peuvent dater du 5ème siècle ou du 4ème avant JC. Et l’on voit bien que leur forme et traitement évolue. Par exemple les 4 trous d’attaches seront en croix pour la période du 5ème et en X pour le 4ème. Leur taille aussi varie. On a retrouvé des spécimens de près de 50 cm alors que la taille « normale » est d’environ 18cm.

Certains ont de petits trous autour du versoir principal ainsi que des petites protubérances. Christina Mitsopoulou y voit un argument supplémentaire pour penser que le culte serait agraire plutôt que chthonien . Les trous permettraient l’arrosage du blé, les protubérances seraient en fait de petits pains.

L’analyse des résidus organiques reste encore à faire et pourrait permettre encore d’avancer dans les hypothèses.

Coté Symbolisme et décor, on repère parfois les thèmes des initiés portant les faisceaux de myrte, symbole du culte, Perséphone et Déméter bien sur, le départ de Triptolème. On également identifié des décors peints polychromes notamment autour du col, avec parfois des feuilles vertes, mais aussi des motifs géométriques rouges. Environ 10 pièces ont un décor complet. Si l’on ajoute la forme particulière du col du vase, Christina Mitsopoulou avance l’hypothèse que l’on fixait autour de celui ci une véritable couronne de feuillage.

 

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Category: Archéologie grecque

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Bonjour, je partage quelques contenus inspirés de l'Ecole du Louvre.

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