Archéologie biblique, archéologie syro-palestinienne : quels sont les liens entre la Bible et l’archéologie au Proche-Orient ?


Archéologie biblique … Comme le rappelle Estelle Villeneuve, invitée à répondre à l’épineuse question « L’Archéologie contredit-elle à la Bible ? » au Salon Noir, émission radiophonique d’actualité archéologique sur France Culture, l’idée de confronter les textes bibliques aux données matérielles remonte aux premières exégèses. En fervents athées ou naïfs croyants nombreux sont ceux qui ont eu l’envie de découvrir la vérité, sa vérité, à ce propos. La question essentielle qui s’est posée aux érudits intéressés par cette démarche a été de comparer les faits relatés dans la Bible à la réalité historique, archéologique et anthropologique. Des points particuliers ont éveillés ces esprits vifs aux jugements parfois hasardeux : l’unité du peuple d’Israël a-t-elle été réelle ? L’Exode et la conquête du pays de Canaan ont-ils eu lieu ? Salomon a-t-il bien existé et a-t-il bien fait construire le premier Temple de Jérusalem ?

Le texte biblique est éclairant sur bien des détails du mode de vie, des habitudes, de la topographie de certaines régions antiques du Proche Orient. Et le confronter aux découvertes archéologiques – tessons de poterie, vestiges de fondations de palais – est loin d’être absurde. En dehors de l’envie de prouver la véracité des mentions historiques (noms de villes, migrations de populations, formations de monarchies) du texte biblique il faut rapprocher l’Archéologie de la Bible car elles sont deux formes de manifestations de la création humaine. La Bible, création littéraire, est un recueil de textes écrit par des chroniqueurs parfois plusieurs siècles après que les faits relatés ont eu lieu. L’archéologie est l’étude scientifique des civilisations anciennes, elle se base sur la collecte de vestiges matériels créés par l’Homme. Comme le dit Ronny Reich, fouilleur à Jérusalem depuis septembre 1966 et invité dans l’émission du Salon Noir : « textes [bibliques] et trouvailles [archéologiques] sont le fait de l’Homme, ce sont des créations humaines ».
Aujourd’hui une telle démarche de confrontation d’un texte aux données matérielles peut paraître banale. D’une part la démarche de l’Historien nous est connue, pour répondre à une question ce dernier mettra en parallèle les écrits et les données archéologiques. D’autre part nous vivons dans un espace sécularisé qui a depuis longtemps remis en question les textes sacrés et qui a montré son scepticisme à l’égard des croyances religieuses (du moins dans la zone occidental). Le même phénomène touchait l’Europe à la fin du XIX° siècle avec le développement du relativisme et des théories évolutionnistes. Darwin avait-il raison ? C’est ce que semble confirmer la découverte d’hominidés datés antérieurement à l’apparition d’Adam sur la surface de notre globe terrestre. Cette question a heurté de nombreux scientifiques de l’époque. Et à cela il faut ajouter une redécouverte de la civilisation Assyrienne en Mésopotamie. Les Assyriens, ainsi replacés au cœur de la recherche archéologique, posent de nouveau la question de l’existence des peuples cités dans la Bible.

Les débuts de l’archéologie biblique

Muent par ces deux problématiques Arthur Stanley et Sir George Grove créent le Palestine Exploration Fund sous le patronage de la reine Victoria en 1865. Des scientifiques britanniques, en majorité des archéologues, de tous horizons et des Hommes d’Eglise se réunissent pour financer des fouilles en Terre Sainte, dans les territoires au Sud du Levant. Dans les statuts de cette association on peut lire parmi les objectifs « vérifier que l’Histoire biblique est réelle, réfuter l’incroyance ». Le parti pris est marqué, bien visible : la mission de ces Hommes est de prouver la véracité des textes sacrés. A travers cette vision de la recherche archéologique plusieurs générations de chercheurs comme William Foxwell Albright ou John Garstang deviendront des acteurs de ce qu’on appelle désormais « l’archéologie biblique ».

En 1890, dans un contexte tendu entre les autorités anglaises et ottomanes le père Lagrange fonde l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem. Il donne pour mission à cette école « d’éclairer l’étude de la Bible par une connaissance scientifique du milieu humain où elle a été vécue, parlée, écrite ». Liée à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres elle rassemble une communauté de frères dominicains que rejoignent des enseignants, chercheurs et étudiants. Financée par des donations, l’EBAF effectue dans un premier temps des missions de sondages et de relevés topographiques jusque dans les années 1920. Pendant ce temps les membres de l’Ecole relaient les informations des missions de fouilles dans la région, et collaborent parfois aux recherches, à travers deux publications : la Revue Biblique et les Etudes Bibliques. Le financement le permettant des campagnes de fouilles sont ensuite réalisées par l’Ecole et les intervenants présents. Il faut noter que cette école existe aujourd’hui encore, dispense des cours et mènent des recherches sur le patrimoine archéologique de la région, à Gaza notamment.
En 1916 à la faveur des accords Sykes-Picot, le Proche Orient devient une zone influencée et administrée par deux puissances européennes : la Grande-Bretagne et la France. L’empire britannique règne en maître sur l’antique territoire mésopotamien jusqu’à l’actuel Koweït et sur les territoires syriens, jordaniens et palestiniens tandis que la France a la mainmise sur la Cilicie et la province de Mossoul, le Nord de la Syrie et le territoire libanais. De 1920 à 1926 les Britanniques obtiennent un mandat de fouilles en Palestine. John Garstang fonde alors la British School of Archeology in Jerusalem et devient le premier directeur du département des Antiquités en Palestine. De telles initiatives ont permis de structurer les fouilles archéologiques dans une zone morcelée après la chute de l’empire ottoman. Certains analyseront ces mandats comme autant de marques de l’ingérence des puissances occidentales dans les affaires des pays manifestant leur aspiration à l’autodétermination face au joug ottoman. D’autres y verront la garantie d’une parfaite indépendance de la recherche archéologique dans une zone où la question du politique faisait déjà rage. Mais les avancées permises par l’archéologie biblique ont pour corolaire des interprétations erronées des résultats de fouilles.

Polémique autour de l’archéologie biblique, l’exemple de l’Exode

Afin de prouver l’installation d’un peuple proto-israélien unifié il fut une période où tout objet trouvé en fouilles dans la région Sud du Levant était daté vers 1200 avant notre ère, date calculée de l’Exode d’après les informations contenues dans la Bible. Les fouilles d’Israel Finkelstein ont montré que de petits groupes d’habitants se sont formés sur les hauteurs de la région, les villages ne dépassant que rarement un hectare. L’unité des « proto-israélites » reste à prouver. On voit cependant qu’une monarchie se créée vers le X° siècle avant notre ère afin d’unir les peuples mi-indigènes, mi-égyptiens présents autour d’une figure centrale pour résister aux Philistins installés sur la côte depuis le XII° siècle. La prospérité des Philistins, elle, est visible à travers les découvertes archéologiques. On peut donc penser que cette unité du peuple d’Israël a été créée quelques siècles plus tard pour convaincre de la référence à un « âge d’or » supposé mais qui n’aurait pas effectivement existé. En effet dans un contexte de bouleversement des zones d’habitation il est nécessaire pour l’autorité en place de raviver l’identité nationale. Ce type de narration répondrait davantage à des besoins sociaux qu’à des visées purement historiques. Tout n’y serait pas que pure fabrication mais l’interprétation et la présentation des regroupements et migrations de populations serait biaisées.

A partir des années 1980 les fouilles menées sur les territoires palestiniens (actuels Jordanie, Israël et Palestine) sont marquées par une nouvelle approche, I. Finkelstein et N. A. Silberman dans La Bible dévoilée en parlent en ces termes

L’exploration archéologique intensive de la région centrale des hautes terres […] a ouvert de nouvelles perspectives permettant de mieux comprendre le caractère et l’origine des deux Etats, Juda et Israël. Ces nouvelles perspectives s’éloignent considérablement du récit biblique. Ces études ont montré que l’émergence des Israélites dans les hautes terres ne s’est pas produite comme un événement unique, mais qu’elle s’inscrit dans une série d’oscillations démographiques que l’on peut faire remonter à des millénaires .

Le glissement d’une archéologie biblique à une archéologie syro-palestinienne venait d’avoir lieu.

La diversité des sources pour la recherche archéologique en Terre Sainte

Une des périodes privilégiées de recherches de l’archéologie biblique fut celle des Royaumes de Palestine. Il convient donc de se pencher sur les résultats des fouilles entreprises par cette école de pensée de l’archéologie au Proche-Orient. Les sources écrites qui ont alimentées la réflexion des archéologues sont de deux natures : les écris religieux que sont les différents livres de l’Ancien Testament et les sources historiques laissées par les civilisations contemporaines de ces Royaumes.

Dans l’Ancien Testament, dans le Pentateuque plus précisément, on trouve les récits de l’Exode où les tribus d’Israël fuient le joug égyptien et conquièrent la Terre Promise, le pays de Canaan. La période des Juges suit, sans qu’un pouvoir centralisé ne s’installe. La pression Philistine augmentant une première monarchie se créée, reprise par le roi David qui vainc les Philistins et fait de Jérusalem sa capitale. L’apogée d’Israël commence à la période suivante avec le règne du roi Salomon qui aurait fait construire le premier Temple consacré au dieu unique Yahweh. A sa mort, dans la première moitié du X° siècle avant notre ère ses fils se partagent le royaume, le royaume d’Israël naît au Nord avec Tell el-Farah puis Samarie pour capitale et celui de Juda prend vie au Sud avec Jérusalem pour capitale. Après cette division du royaume de Salomon une série de querelles et de crises dynastiques a lieu. Le royaume d’Israël est détruit en 721 avant notre ère par Sennachérib l’Assyrien. En 587 Nabuchodonosor détruit Jérusalem et organise la déportation des habitants du royaume de Juda – on pourra citer l’épisode des Trois Hébreux dans la Fournaise qui aurait eu lieu à ce moment précis. Ainsi on peut suivre l’évolution politique et démographique des peuples de la zone Sud du Levant d’après les récits bibliques.

stèle de Merneptah II - archéologie biblique

La stèle de Merneptah II

La seconde source d’informations est constituée de mentions du royaume d’Israël. Vers 1220 avant notre ère Merneptah II fait ériger une stèle commémorant sa victoire contre un peuple levantin. Conservée au Musée du Caire on peut lire « Israël anéantie » sur cette stèle.

 

Stèle de Mesha - Archéologie biblique

Stèle de Mesha

Une des œuvres les plus célèbres de la section consacrée au Levant dans le département des Antiquités Orientales est sans doute la stèle de Mesha, le roi de Moab. Le royaume de Moab est un petit royaume voisin et contemporain des deux royaumes d’Israël et de Juda. Datée à l’horizon du IX° siècle avant notre ère cette stèle en basalte commémore la reprise des terres confisquées aux Moabites par le royaume d’Israël. On y lit pour la première fois le nom de « Yahweh », le dieu d’Israël à l’origine du monothéisme chrétien.

Stèle de Tel Dan - Archéologie biblique

Stèle de Tel Dan

La première mention de David, hors de l’Ancien Testament, se trouve sur une stèle de victoire, celle de Tel Dan dans le Nord d’Israël. Datée vers 830 avant notre ère le roi Hazaël qui règne sur Damas déclare avoir tué le roi d’Israël et le roi de la maison de David. Cette stèle inscrite est conservée au Musée d’Israël de Jérusalem.

Inscription de Siloe - archéologie biblique

Inscription de Siloé

L’inscription hébraïque de Siloé atteste de l’existence et du règne d’Ezechias, roi de Juda. Elle est datée vers 720 avant notre ère et est conservée au Musée d’Istanbul. Elle a été découverte dans un tunnel permettant d’acheminer de l’eau provenant d’une source située à l’extérieur de la ville. Les habitants de Jérusalem se sont ainsi assuré une ressource en eau permanente même en cas de siège ennemi avec la source de Guilhôn.
Par ailleurs le royaume d’Israël est mentionné comme participant à des batailles, à la révolte contre l’Assyrie en 853 à Qarqar. Il est victime des puissances voisine quand par exemple Sargon II conquiert le Nord vers 722 avant notre ère ou lorsque le peuple du royaume de Juda est déporté en Babylonie en 587. En 539 Cyrus mène une campagne en Babylonie et autorise le retour d’une partie des Israélites déportés en Palestine, c’est l’époque du Second Temple.

Pour en savoir plus sur l’archéologie biblique

  • La Bible Dévoilée par Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman

Un commentaire ?