Le sceau-cylindre, introduction et usages 3


sceau cylindre ibni sharrum
Pourquoi suis-je tellement intéressé par les sceaux cylindres de la civilisation mésopotamienne ? Je me pose souvent la question. Peut être à cause des contrastes. Contraste de la taille d’un objet de 3 cm de haut pour porter un message si important, la signature unique de son propriétaire, la protection divine, … Contraste de la dureté de sa matière, la pierre, avec la fragilité de l’argile sur laquelle il déroule son motif … Contraste à nouveau de ses dimensions avec la performance technique que représente la gravure de motifs si complexes ?

La glyptique est l’art de tailler les pierres fines et précieuses, soit en relief soit en creux. Pour le Proche-Orient, la glyptique désigne l’art de graver les sceaux.
Le sceau est le symbole de propriété ou d’autorité, et permet d’apposer sur un objet une marque individuelle ou administrative. Pour visualiser le motif et tenter de l’interpréter, l’étude des sceaux est indissociable de celle de leur empreinte, sur un support d’argile. Une démonstration live ici, sur la base d’une reconstitution.
Le sceau-cylindre, précédé du cachet en pierre, apparaît dans le courant du 4ème millénaire et disparaît après plus de deux mille ans plus tard (notre “digital” lui est déjà en train de supplanter l’imprimerie… ) A sa fin, le sceau-cylindre sera à nouveau remplacé par le cachet, le petit cachet plat, sans doute à cause du remplacement progressif des tablettes cunéiforme par du papyrus , enroulés, et entouré d’une mince bande d’argile que l’on cachetait. 

La fonction du sceau-cylindre

Dans l’intervalle le sceau a couvert plusieurs fonctions :

  • la protection des personnes et des biens
    • la serrure était inconnue, on utilisait des scellés pour clore un panier, un bâtiment, en recouvrant le nœud de corde du sac ou du vantail par une bande d’argile sur lequel était roulé le sceau-cylindre. Cela représentait un obstacle moral (à défaut d’être matériel) à l’intrusion.
    • le sceau a sans doute eu une fonction d’amulette protectrice
  • l’authentification des texte écrits
    • pour les texte administratifs, les contrats, l’impression du sceau de l’émetteur garantissait l’identité de son émetteur, l’impression du sceau du destinataire servait de reçu, d’un objet ou d’un prêt.

De fait la perte d’un sceau-cylindre devait être suffisamment grave pour que soit rédigé un certificat de perte.

Commençons par le commencement… Lorsque les sumériens d’Uruk et les élamites de Suze créèrent une comptabilité et donc un système de notations graphique (l’écriture est une invention de comptables ….), le sceau fut associé au nouveau système, afin de garantir l’authenticité des opérations.

Les documents les plus archaïques sont des « bulles » en argile, creuses, à l’intérieur desquelles on serrait de petits objets, également en argile, et qui symbolisait à la fois des chiffres (par leur nombre et leur taille) et la nature des denrées, par une forme conventionnelle. Ce système, similaire aux petits cailloux utilisés dans le monde romain a donné le nom à notre calcul (calculi).

Bulle-enveloppe à calculi comportant les empreintes de deux sceaux, répétées deux fois - 3800-3100 av. JC

On reproduisait à la surface encore molle de la bulle, par des encoches, les chiffres ainsi symbolisé, puis l’auteur de l’opération imprimait son sceau. L’empreinte d’un second sceau apparaît souvent, ce qui nous fait penser à une opération supplémentaire effectuée par un contrôleur qui en garantissait ainsi la validité. Ce document accompagnait, comme un bordereau, les données envoyées d’un endroit à un autre.

Quand les premières tablettes de comptabilité sont apparues, elle étaient d’abord marquées du sceau, puis inscrites, un peu comme si l’on écrivait sur du papier entête qui officialise le support.

Grande tablette économique portant deux empreintes de sceau - 3100 - 2850 avant J.-C.

Grande tablette économique portant deux empreintes de sceau-cylindre – 3100 – 2850 avant J.-C.

L’écriture accomplit de grands progrès dans la période présargonique (2800-2350) et elle permet le développement d’un système économique plus complexe, soutenu par une bureaucratie étatique. Une littérature religieuse ou historique se développe aussi mais sans que les sceaux cylindres, toujours plus nombreux ne servent à les sceller : leur utilisation reste confinée à la pratique marchande et administrative, comme la garantie du contenu des jarres ou des paniers.

La comptabilité organisée au temps du premier empire, celui des sémites d’ Agadé (2350-2200) pratiqua le même usage : le sceau ne servait qu’à garantir les étiquettes attachées à des envois.

A la fin du 3ème millénaire, durant la dernière époque sumérienne : les actes de vente de denrées étaient soigneusement consignés puis emballés dans une « enveloppe » d’argile ou l’on portait leur résumé, à coté de l’empreinte du sceau du scribe. Si une vérification était nécessaire, on brisait cette enveloppe pour trouver le document original.

A l’époque Kassite, l’usage des enveloppes se perd en Babylonie et l’on y scelle directement les tablettes. Puis on prend aussi l’habitude de produire plusieurs exemplaires remis aux différents témoins/participants à la transaction.

Les sceaux-cylindres ont alors un caractère personnel, comme la signature aujourd’hui. Ils appartiennent à des particuliers et une grosse production se met en place, présentant souvent des œuvres de piètre qualité sur des supports pauvres.

Sceau cylindre - Fritte - AO22370

Sceau-cylindre – Fritte

Parallèlement le sceau-cylindre reste nécessaire aux institutions représentant un pouvoir parfois incarné : dans le traités liant le roi d’ Assyrie à ses rivaux mèdes, en 672, l’un des sceaux utilisés, par lequel le roi s’engage, a alors plus de mille ans d’existence !

Pour faire contraste avec l’exemplaire du dessus, voici un sceau royal, bien antérieur, dans le matériau noble qu’est le lapis-lazuli

Sceau royal d'Ishma-ilum, prince de Kisik - Lapis Lazuli - 2450 avant J.-C.

Sceau royal d’Ishma-ilum, prince de Kisik – Lapis Lazuli – 2450 avant J.-C.

Enfin, à la basse époque, le cachet plat reparaît et devient de plus en plus fréquent. Finalement il subsiste seul sur les anneaux d’argile qui entourent les rouleaux de parchemins ou de papyrus écrits en araméen, langue commune du Proche-Orient à cette époque . Le sceau-cylindre aura vécu ainsi près de 2000 ans, étroitement lié à l’écriture cunéiforme..

Sceau au nom d'Artad - Calcédoine - Premier millénaire av. JC

Pour en savoir plus

  • des billets sur leur fabrication, leur thématique selon les périodes, dans ce blog courant mars / avril / mai 2015
  • Le sceau-cylindre d’Ibni-Sharrum, conférence filmée au Louvre
  • des publications
    • Nos photos sur Flickr https://www.flickr.com/photos/toutlunivers/sets/72157627076620749/
    • First Impressions, Dominique Collon, The Bristish Museum press
    • Des scellés à la signature : l’usage des sceaux dans la Mésopotamie antique, Dominique Charpin
    • Bas reliefs imaginaire de l’Ancien orient, d’après les cachets et les sceaux cylindres. Pierre Amiet

Un commentaire ?

3 commentaires sur “Le sceau-cylindre, introduction et usages

  • DAVY Robert

    Bonjour
    Je cède à votre invitation ci dessus à vous écrire pour plus d’information. En effet je suis à la recherche d’informations sur la glyptique antique. Pour l’instant je me heurte à une colle sur laquelle vous pourriez m’éclairer. Un livre ancien parle d’une pierre gravée d’un mot. Ce qui n’est pas original, mais la pierre est traduite en français par « diamant », ce qui à première vue me parait aberrant. Vu la dureté de ce matériau je ne vois pas comment on pouvait le graver. Certes les outils dans ce métier n’ont guère évolué au fil des millénaire, mais si l’on taille le diamant, et il me semble depuis peu, a-t-on des preuves qu’on le gravait à l’époque?
    Si vous pouviez m’éclairer je vous en serais reconnaissant
    Robert DAVY

  • Agrippa Auteur du billet

    Bonjour ! Hélas je ne peux pas vous aider sur ce point. Il me semble qu’un diamant peut permettre de graver un autre diamant puisqu’ils ont la même dureté ? A fortiori si il s’agit d’un mot et non d’un dessin plus sophistiqué. Mais, à nouveau, je ne peux vous en dire plus (en supposer plus !) Bon courage dans vos recherches. Marcus