Colloque du Louvre Mari et Parrot 2/3


Suite du premier billet, compte rendu du colloque du Louvre consacré à Mari pour le 80ème anniversaire de sa découverte par André Parrot.

Rites de fondation à Mari : des métaux pour la déesse Ishtar

Juan-Luis Montero Fenollos a fait ensuite une présentation très intéressante sur les clous de fondation. Il rappelle d’abord que l’acte de fonder une ville fait partie de la symbolique et de l’univers mésopotamien. C’est un geste royal mais c’est bien la divinité qui fait le succès de l’entreprise. On retrouve à Mari plusieurs clous de fondation, en métal, fichés dans un anneau à tige horizontale.

Mari - Clou de fondation - vers 2500 - AO 24409Clou de fondation

Le chercheur distingue trois catégories : le grand format, avec des clous de 32 à 39 cm pour un poids de 3 à 7,5 kg; le moyen format, de 15 à 21 cm avec un poids inférieur à 1kg; le petit format, de 8 à 15 cm avec un poids inférieur à 500 grammes. Les grands clous sont sans doute dédiés à la fondation de grands bâtiments sacrés, les petits à des refondations. On trouve souvent, associées au clou, des plaquettes, en albâtre, en lapis-lazuli, en argent. A Mari, seuls des clous de grands ou de moyen format ont été retrouvé. Ces clous sont tous différents, de facture assez grossière. 13 clous (de cuivre et de 10% de plomb) ont été retrouvé en particulier dans le temple d’Ishtar, pour un poids total de près de 63 kg. Cela fait beaucoup, pour une région qui manque cruellement de métaux. Ce type de clous ne se trouve qu’à Mari. Quelques clous similaires ont été retrouvés à Uruk. Dans les autres villes mésopotamiennes, ce sont généralement des figurines de fondation qui ont été retrouvé, comme cet exemplaire assez superbe.

Tello - Figurine de fondation 2Figurine de fondation, Tello

La pratique rituelle du clou de fondation est encore assez obscure. Dans le cas de Mari, la nature et la quantité des clous retrouvés en métal expriment, peut être, le poids politique et économique de la ville. Comme l’a souligné également M. Butterlin, la place privilégiée de la cité, au croisement de la Mésopotamie, du Levant, de l’Anatolie, en a fait un point de passage obligé pour les échanges économiques de métaux (d’Anatolie en particulier) et de pierres semi-précieuses (d’Iran, de l’Indus, d’Afghanistan, via le golfe arabo-persique). Les clous sont les témoins matériels de cette puissance.

« L’étendard de Mari » : les avatars d’un « panneau de guerre »

Après avoir rappelé le goût des mésopotamiens pour les objets composites et à décor incrusté, Béatrice Muller analyse cet ensemble de fragments, daté de 2600-2300 av. JC.

Mari - Etendard de Mari - vers 2500 - Frise d'un panneau de mosaique en nacre - AO 19820

Mari - Etendard de Mari - Frise d'un panneau de mosaique en nacre - Détail - AO 19820

Ils ont été retrouvés dans le temple d’Ishtar, en janvier 1934. Nommé « étendard » car on le croyait porté au bout d’une perche, il s’agit d’un ensemble de fragments de nacre, sur fond de tesselle de schiste noir et un pourtour en calcaire rouge.

Deux théories se succèdent à son propos. André Parrot imagine d’abord un étendard en 3 registres. Dix ans plus tard, Peter Calmeyer compare l’étendard de Mari avec l’étendard d’Ur, magnifique (et complet).

Etendard d'Ur

Etendard d’Ur

Les différences entre les deux savants se situent essentiellement sur le nombre de registres (2 selon Calmeyer), la disposition des militaires et des prisonniers, la position du porte-enseigne et donc celui de l’attelage d’onagres.
A propos de l’étendard de Mari, les fragments sont en nacre, d’une variété nommée Pinctada radiata, que l’on trouve dans le Golfe indo-arabo-persique et en mer rouge. La finesse des gravures sur des pièces très fines (quelques millimètres d’épaisseur de nacre, 7 cm de dimension pour la plus grande des pièces) fait penser à la production d’un atelier royal. Des traces d’ateliers sont d’ailleurs identifiées avec notamment des pièces de séries (sans doute en attente de montage), et des micro-burins.

Cet étendard avait sans doute une fonction votive. Le thème de la guerre sied à Ishtar la guerrière. Mais ce n’est pas la seule hypothèse; Béatrice Muller évoque également la célébration de la victoire pour un événement précis ou la victoire comme stéréotype, afin de célébrer la magnificence du pouvoir ou encore l’invention du char de guerre.

 

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