Colloque Mari, temple d’ Ishtar – 3/3


Suite et fin de ce colloque consacré à l’analyse du site de Mari et au temple d’ Ishtar en particulier, en commémoration du 80ème anniversaire de sa découverte par André Parrot.

Mari et les échanges à l’age de Bronze

Retour au vase d’Anzu et aux échanges longue distance, avec la conférence de Madame Holly Pittman.

Mari, comme il a déjà été dit dans les présentations précédentes, se situe au bout d’une chaîne d’échanges, dont un des points importants se situe à 1700 km à l’est, au cœur du plateau iranien. Il s’agit de Konar Sandal Sud, situé dans une petite vallée fluviale, une sorte de petite Mésopotamie, mais enserrée par des montagnes riches des matières premières recherchées par les dirigeants de ces sociétés complexes. Le site est en cours de fouille par Monsieur Yousef Madjidzadeh. Il a montré, en autres, un commerce important de chlorite, et des relations fournies avec des états indépendants comme Ebla, Lagash ou Mari.

Kunar SandalLe site de Konar Sandal

Trajet de la chlorite jusqu'a MariTransit de la chlorite

Ces relations ont été interrompues lorsque les dirigeants de Mésopotamie, et en particulier la dynastie d’Akkad, ont préféré utiliser la force, la conquête, la prise de butin. Mais restons à cette période d’échanges fructueux. Les études de cas ont montré un transfert de vaisselle sculptée d’Est en Ouest, et l’échange d’idées, de concepts, d’Ouest en Est.

Jiroft - Iran - chlorite et incrustation

Le thème du héros et des animaux, Région de Jiroft, Chlorite et incrustation

Les vases de chlorite, mais aussi d’albâtre, de cuivre, argent ou fer, arrivaient par bateaux via le Golfe Persique. Ces biens étaient échangés contre des céréales. Ces vaisselles sont retrouvées sur site, en Mésopotamie, avec des animaux ou des figures de type mésopotamiennes. Par exemple, le vase d’Anzu, d’importation iranienne, présente une figure léontocéphale. Il y a donc plusieurs hypothèses : le vase est fabriqué et finalisé (le motif) totalement en Iran puis importé en Mésopotamie, le vase est finalisé sur le parcours (on sait par exemple que l’ile de Tarut était un point de transit important), le vase est finalisé à destination (Mésopotamie). La théorie de Madame Pittman semble être que les concepts mésopotamiens (par exemple la figure d’Anzu) était bien disponibles pour les graveurs iraniens, sur le site de Konar sandal. Les études ont montré la présence des mésopotamiens sur le site de 2800 à 2300 av.JC au moins. Ils côtoyaient des marchands venus de l’Indus, d’Asie Centrale, …, pour négocier l’agate, l’or, la cornaline, l’argent, la stéatite, le plomb.

 Mari - Elements de collier - temple d'ishtar - lapis-lazuliCollier retrouvé dans le temple d’ Ishtar

Certains sceaux cylindres ont montré des souverains victorieux, avec char et file de prisonniers, des héros combattant les animaux, … bref toute l’imagerie traditionnelle du pouvoir mésopotamien montrant bien la vigueur de la circulation des idées et concepts à cette période. P. Amiet évoque même la possibilité d’artisans itinérants.

L’ambition de quelques dirigeants mettra un terme à cet age doré de grands échanges.

A propos du temple d’ Ishtar de Mari : questions de glyptique

Mr Dominique Beyer a ensuite évoqué les aspects de glyptique avec quelques analyses de sceaux cylindres. Il s’agit essentiellement de la reprise des Actes du colloque de Strasbourg, tenu en 1983. Un peu d’émotion quand même puisque Pierre Amiet himself était dans la salle !

Pour la période allant de 3000 à 2000, on a mis en évidence deux grands types de sceaux cylindres :

  • des pièces de bonne qualité, les plus anciens, de facture noble, avec des matériaux semi-précieux,
  • des pièces médiocres, correspondant à une production de masse lors de la dernière phase d’occupation du temple.

Les sceaux de la dernière catégorie sont très mal conservés et ne se prêtent pas facilement à l’interprétation. Restons plutôt sur la première catégorie avec par exemple, ce sceau présentant le dieu bateau, gravé dans un calcaire fin et dur. On y observe clairement un personnage assis sur le dieu, et un masque à corne, à droite.

Mari - Le dieu bateau - AO 18356Sceau au dieu bateau

Cet autre montre un combat de héros et d’animaux, thème traditionnel mésopotamien

Mari - Combat de héros et d'animaux - Calcedoine - vers 2600 - AO 19811Héros et animaux

 Il y a eu aussi un regain pour le style « archaïsant » avec des motifs géométriques, ou encore ce sceau, de grande taille et en os, qui reprend ici aussi le thème du masque à cornes.

Mari - Sceau cylindre - Masque - Os - AO 19809

Monsieur Margueron a émis l’hypothèse que ces pièces pouvaient être placées dans les fondations du temple. Ces très belles pièces soulèvent aussi la question d’un atelier royal sur le site de Mari.

La place de la statuaire votive du temple d’Ishtar ville, dans la sculpture de la Ville II de Mari
Mari - La déesse Ishtar - vers 2500 - AO 18962

La déesse Ishtar, Mari

Madame Sophie Cluzan est ensuite intervenu. Elle rappelle que les informations sont assez partielles, et que les fouilles ont souffert de l’inexpérience des fouilleurs, ce qui a provoqué des erreurs d’interprétations. L’équipe Parrot n’a pas procédé à la réalisation de prise de cote, de coordonnées pour l’architecture et pour les objets ce qui rend difficile le travail de reconstruction. Les photos sont utiles mais finalement assez rares.

Le temple d’ Ishtar a fourni le deuxième grand ensemble de statuaire de la ville II, le premier étant le temple de nini zaza, mis à jour dans les années 50. Le corpus retrouvé sur le temple d’Ishtar est impressionnant et permet de situer le temple dans le temps mais aussi d’aborder certains débats historiques.

A propos de la répartition du sexe des statues, environ 100 statues dans le temple d’ Ishtar. Les femmes représentent 57%, mais ce ratio devient significatif puisqu’elles représentent de 75% à 80% dans les lieux dit « saints » et « très saints ». Dans d’autres temples de la ville, les femmes ne sont par contre que faiblement représentées (13% ou 8% du corpus comme dans le temple de nini zaza).

Le temple d’ Ishtar a donc un profil différent en matière de genre pour les statues. Mais il y a aussi une distribution différente selon les emplacements à l’intérieur ou proche du temple. Dans le lieu saint, les femmes ne représentent que 20% des statues, dans la salle attenante (lieu très saint), elles représentent 80%, sur l’emplacement de la rue/place au sud du temple, elles représentent 50%. Ceci conforte l’analyse fonctionnelle des espaces du temple. Pour le lieu saint la proportion semble démontrer l’exacte complémentarité de cette salle avec le lieu très saint, ce qui rejoint aussi le double genre de la divinité Ishtar dite virile. Par ailleurs on a retrouvé un nombre significatif d’objets à l’extérieur et de bonne qualité, et par dessus tout, des personnages qui se rattachent à l’iconographie de la guerre. Un personnage par exemple porte des entailles sur les joues.

Mari - Buste d'orant - vers 2500 - AO19071

Le roi Ishqi Mari est aussi une représentation guerrière avec une protubérance à l’arrière qui est un protège nuque. Le vêtement, avec épaule droite découverte est aussi à rapprocher d’autres témoignages de personnages dans des situations guerrières. Enfin, la position des mains et les perforations dans la statue pourraient aussi démontrer qu’il y avait a l’origine un pic/lance/bâton ou une masse d’armes.

Mari - Roi Ishqi-Mari

Ishqi Mari

On a donc une teinte très militaire pour le matériel retrouvé dans cet espace (si on y rajoute d’autres éléments tels que l’étendard de Mari), thème de la guerre qui correspond bien à l’une des fonctions principales de la déesse.

Je n’ai pas pu hélas assister à la dernière conférence, celle consacrée aux documents inscrits du temple d’Ishtar, présentée par Camille Lecompte du CNRS 🙁

Pour en savoir plus

  • La revue Syria, où Parrot a publié de nombreux articles dès 1934-35
  • Le catalogue de l’exposition

  • L’ouvrage d’André Parrot, paru en 1956

Un commentaire ?