Conférence Mosaïques d’Antioche – 2

| 16/12/2012 | Reply

Suite de mon précédent billet sur les mosaïques d’Antioche ..

Si vous avez manqué l’épisode précédent et pour rappel rapide, Antioche, dans l’actuelle Turquie, a été fondée en 300 av. JC par Séleucos 1er Nicator, l’un des généraux d’Alexandre le Grand. La ville est ainsi nommée en hommage à son père Antiochos. Capitale des Séleucides pendant la période hellénistique, elle devient la capitale de la province romaine de Syrie en 63 av. JC et constitue un centre religieux, culturel, politique et économique de premier plan.

Les mosaïques d’Antioche du musée du Louvre : nouvelles salles, nouvelles recherches par Cécile Giroire, musée du Louvre

Mosaïque d'Antioche - Vue globale de la nouvelle salle

Quelques petits repères chronologiques d’abord (toujours !). En 1920 le Levant passe sous mandat français, en 1929 la Direction des Antiquités de Syrie est créée et en 1930, le Haut commissariat de Syrie autorise les fouilles sur le site. Un accord est passé pour que 20% des découvertes reviennent à la France (Dans le billet précédent, vous avez la description de ces fouilles).

En 2008 une campagne de restauration des mosaïques d’Antioche est lancée au Louvre, dans la perspective de l’ouverture des nouvelles salles dédiées aux Arts de l’Islam.

Pour chacune des œuvres, une documentation très volumineuse est rassemblée grâce aux archives de la fouille, aux photos prises à l’époque ainsi qu’aux publications produites depuis. Un travail de recherche a également été mené en 2010/1011, pour soutenir les choix à faire lors de la restauration.

Les œuvres restaurées sont désormais présentées dans le nouvel espace du Louvre, salle 4. Le résultat de la restauration est un gain notable en couleurs et en lisibilité par rapport à l’état précédent. Si vous allez sur place, vous verrez d’ailleurs l’état des œuvres lors de leur découverte, car une petite photo les présentant sur site figure sur chaque cartel.
Voici quelques unes des œuvres restaurées ci dessous que vous pouvez donc admirer au Louvre

Mosaïque d'Antioche - Perroquets

Fragment de pavement aux perroquets, Daphné, VIe siècle après J.-C., Mosaïque : marbre, calcaire, pâte de verre. H. 1,72 m ; l. 1,54 m

Mosaïque d'Antioche - Personnification féminine

Mosaïque d’Antioche – Personnification féminine

Fragment de pavement avec un buste féminin, Daphné, maison du « Bateau de Psyché », IIIe siècle après J.-C. Mosaïque : marbre, calcaire. H. 1,145 m ; l. 1,12 m. Cette personnification est peut être celle d’Eole

Mosaïque d'Antioche - Oiseaux autour d'un vase

Mosaïque d’Antioche – Oiseaux autour d’un vase

Mosaïque d'Antioche - Oiseaux autour d'un vase - Détail 2

Détail

Fragment de pavement orné d’oiseaux autour d’un vase, Daphné, salle à manger (triclinium) ? d’une maison, 1re moitié du IIIe siècle après J.-C. Mosaïque : marbre, calcaire, pâte de verre. H. 1,81 m ; l. 1,932 m

Mosaïque d'Antioche - Décor géométrique

Fragment de pavement à décor de peltes, Daphné, chambre à coucher (cubiculum) ? de la maison du « Bateau de Psyché », IIIe siècle après J.-C., Mosaïque : marbre, calcaire. H. 1,265 m ; l. 0,88 m

 

La campagne de restauration des mosaïques d’Antioche conservées au Louvre par Evelyne Chantriaux, atelier de restauration de mosaïques de Saint-Romain-en-Gal, Entente interdépartementale Rhône-Isère

Une des plus grandes, et peut être une des plus belles de ces œuvres est la Mosaïque du Phénix. Elle a été confiée aux ateliers de Saint-Romain-en-Gal, et Mme Chantriaux nous a fait, de mon point de vue, un des exposés les plus intéressants.

Mosaïque d'Antioche - Le Phénix

Mosaïque du Phénix, Daphné, VIe siècle après J.-C.

marbre, calcaire. H. 5,73 m ; l. 4,323 m

Le point commun à l’ensemble des œuvres à restaurer était l’état de dégradation des supports. Pour la mosaïque du Phénix comme pour les autres, plusieurs lignes de fractures parcouraient le ciment armé qui faisait fonction de support de la mosaïque. Les barres de fer prises dans le ciment pour le renforcer avaient subi une corrosion, les faisant « gonfler ». Lorsque ces barres était trop proches du tessellatum lui même, composé de petits cubes de marbre, de calcaire et parfois de pâte de verre, la surface de la mosaïque était elle même atteinte. Un changement de support était donc indispensable, ne serait ce que pour rendre ces œuvres plus manipulable et transportable pour de futures expositions. L’autre grande tâche fut le traitement du tessellatum lui-même. Commençons.

La mosaïque a été démontée de son support vertical. Le premier problème fut de retrouver la trace des panneaux. Le travail initial d’association des panneaux avait été fait en 1936/37 dans les ateliers de Jean Gaudin, mais aucun plan du montage n’ était disponible. On imagine l’effort intellectuel mais aussi physique que représente 18 plaques et 7 bandes représentant plusieurs tonnes fixées au mur vertical. Au final 24m² datant de la restauration Jean Gaudin ajoutés aux fragments pris dans les réserves du Louvre, de Varsovie ou d’ailleurs, ne représenteront que 30m², bien loin des 126m² de l’œuvre d’origine ! Plusieurs hypothèses ont été tentées afin de situer et positionner au mieux les panneaux. Autre problème, les restaurations antiques (réparation d’usage) se mélangeaient aux restaurations Gaudin. Enfin l’œuvre est très variée dans ses motifs, dans le format, dans la couleur.

Mosaïque d'Antioche - Le Phénix - Détail des bouquetins

En 2009 l’atelier commença le retrait des supports de ciments armés. Du gros œuvre à la scie circulaire au disque diamantée, et une finition au ciseau pour enlever les 5cm de ciment juste avant avant le tessellement lui même. Ce support en ciment fut remplacé par un nouveau, fait de 5 panneaux en nid d’abeille d’un aluminium de 50 mm d’épaisseur, plus léger, résistant et insensible aux variations de températures. Lors de ce changement de support on découvrit aussi des traces de peintures au revers de la mosaïque. Il s’agissait des travaux préparatoires d’origine, avec de la peinture rouge pour marquer l’emplacement des colliers des bouquetins, ou encore des lignes droites pour faciliter l’alignement des boutons de roses.

Enfin l’entoilage initial qui avait été fait pour protéger la surface de la mosaïque est retiré. Les tesselles (de 5 à 7 mm!) et différents joints sont nettoyés. Les lacunes et lignes de fractures sont réparées, tesselle par tesselle. Un travail minutieux et fastidieux qui représente sur cette seule dernière tache, deux personnes pendant 6 mois ont été nécessaires.

 

Conservation et restauration de mosaïques du musée du Louvre au musée départemental Arles antique : l’Amazonomachie d’Antioche par Patrick Blanc et Marie-Laure Courboulès, atelier de conservation et de restauration du musée départemental Arles antique

La description du travail de restauration a été complétée ensuite, par les intervenants de l’atelier du Musée d’Arles Antique. Cet atelier a pris en charge la restauration de la mosaïque de l’ Amazonomachie.

Mosaïque d'Antioche - Amazonomachie - Détail1

Amazonomachie et fragment de bordure géométrique,

Daphné, IVe siècle après J.-C., Mosaïque : marbre, calcaire. H. 2,45 m ; l. 4 m

Enfin deux exposés ont clôturé cette journée, l’un sur les résultats des recherches menées sur le site de 2004 à 2008 par Gunnar Brands, Martin-Luther-Universität, Halle-Wittenberg , et l’autre sur les sources écrites de l’histoire du paysage urbain d’Antioche et le projet de Lexicon Topographicum Antiochenum par Catherine Saliou, université Paris-VIII. Les deux exposés étant plus orientés sur le développement urbain de la ville. Je ne les développerai donc pas ici.

Pour en savoir plus sur les mosaïques d’Antioche

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Category: Archéologie Proche-Orient

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Bonjour, je partage quelques contenus inspirés de l'Ecole du Louvre.

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