La victoire de l’ordre sur le chaos au Proche Orient et en Egypte 1


Jeune géant terrassé par Athéna
Jeune géant terrassé par Athéna
Lors de la visite du Pergamon Museum à Berlin et de la célèbre frise de la Gigantomachie (ci dessus), je me suis rendu compte que le thème de la victoire de l’Ordre sur le Chaos était récurrent des différentes époques étudiées par nous jusqu’à maintenant à l’Ecole du Louvre, c’est à dire le Proche-Orient, l’Egypte, la Grèce.
Cette victoire de l’ordre sur le chaos est présente sous différentes formes, dans la représentation artistique, dans les concepts qui les précèdent, mais aussi dans les différentes expressions de l’administration.
Je vous propose d’en faire un rapide tour.
A tout seigneur tout honneur, commençons par le Proche-Orient ancien « inventeur » de la domestication de la nature, des végétaux (agriculture), des animaux (élevage), mais aussi de l’état et de son administration. Bref, le Proche-Orient ancien a tenté d’ordonner le monde semble t’il pour la première fois de l’humanité.

Le thème du « maître des animaux », vainqueur du chaos

 

Ce thème est abondamment repris, notamment avec les sceaux cylindres. Le roi, prêtre, (« roi-prêtre ») est représenté en position de domination de la nature, en maitrisant dans chacune de ses mains, un animal (souvent le lion), qui représente le danger (de la nature, de l’ennemi).
Roi prêtre en maitre des animaux - Assyrian cylinder seal, about 700 BC
Roi prêtre en maitre des animaux – Sceau cylindre assyrien – 700 av JC environ
Une représentation plus claire pour la« démonstration » vous est proposée ci dessous (qui date de la très haute antiquité égyptienne), sur le manche du couteau en ivoire de Djebel el Arak. On peut également imaginer quelques chiens figurent en contraste des lions, le monde domestiqué
Couteau du Djebel el Arak
Couteau du Djebel elArak, Epoque Nagada III

Les listes, inverse de chaos

Il est remarquable que des listes apparaissent très peu de temps après l’invention de l’écriture pour recenser les différents objets d’un palais, les formes lexicales, les jurisprudences, les dynasties, etc. Ces inventaires systématiques sont certes indispensables pour la mémoire et la transmission du savoir. Mais ils me semblent surtout très significatifs de cette volonté de dominer le sujet en recensant l’intégralité de ses aspects

 

Une liste lexicale de synonymes akkadien-sumérien
Une liste lexicale de synonymes akkadien-sumérien
J’ai pris cet exemple de liste mais j’aurai tout aussi bien présenté le très célèbre code d’Hammurabi, de Babylone (1750 av. J.-C environ). Plus qu’un code général de lois, cette stèle est bien une liste de toutes les « jurisprudences » que l’on a souhaité recenser, de l’adultère jusqu’au problème de vol. Ce n’est d’ailleurs pas la première composition de textes juridiques, puisque celles du roi Ur-namma d’Ur (vers 2100 avJC) et de Lipit-Ishtar d’Isin (vers 1930 avJC) précèdent ce monument
Pour l’Égypte ancienne, concentrons nous essentiellement sur la Maât, qui témoigne de cette domination de l’ordre sur le chaos.
Maat
Maât, Bronze, Basse époque

Beaucoup a été écrit sur ce concept et ses déclinaisons, notamment un petit livre de Mme Menu (juriste…). Pour aller à l’essentiel, rappelons simplement que la Maât est représentée sous l’aspect d’une femme coiffée d’une plume d’autruche, le signe hiéroglyphique qui signifie « justice » ou « vérité » et sert à écrire son nom. On la trouve aussi étendant ses bras pourvus d’ailes en signe de protection. Elle préside à l’ordre du monde dont les deux piliers sont la justice et la vérité/sagesse.
Maat bis
Un roi sans doute Séthi Ier offre Maât – Nouvel Empire
Chaque jour, le roi offre son image aux dieux pour les inciter à renouveler l’équilibre de la création, et c’est selon ses préceptes que doivent se comporter les hommes. Elle veille sur les tribunaux, et notamment sur le plus important, celui où sont jugés les morts, dans la « salle des deux Maât » (sagesse et justice).
Livre des morts – Pesée de l’âme – papyrus hunefer – Nouvel empire 
Au chapitre 125 du Livre des morts, le défunt se présente devant une 40aine de juges dont il donne les noms, et leur exprime ce qu’il s’est abstenu de faire pendant son existence par une « confession négative »: « je n’ai pas tué, je n’ai pas opprimé, je n’ai pas péché, je n’ai pas blasphémé les dieux, etc. ». Puis le défunt doit faire face à Osiris, qui préside le tribunal divin, accompagné des deux Maât (à droite dans cet exemple), pour la « pesée de l’âme ». Guidé par Horus ou par Anubis, le défunt est mené devant une balance. Son cœur est pesé en contrepoids de la plume de Maât sur une balance. Thot le scribe des dieux, sous une forme d’ibis à corps humain ou de babouin lunaire, prend note du résultat de la pesée.
La grande dévoreuse. Papyrus du Louvre
Grande dévoreuse – Papyrus du Louvre
Si son cœur n’est pas exactement du même poids que la plume de la Maât, il sera dévoré par « la Grande Dévoreuse » (tête de crocodile, aux corps et pattes avant d’hippopotame et à l’arrière-train de lion).
Voilà. N’ayant pas de mon coté de prétention à dominer le sujet par un inventaire exhaustif et de peur de vous ennuyer surtout, je vous laisse là et je présenterai la Grèce, sur le même sujet, dans un prochain billet 🙂

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