Le sceau-cylindre, fabrications et façons de le porter 1


Après une brève introduction sur le sceau-cylindre , voici un nouveau billet consacré à leur fabrication et les façons de les porter.

Les outils de fabrication du sceau-cylindre

Un sceau-cylindre mesure environ de 3 centimètres de haut sur 1,5 centimètre de large. Si l’on ajoute à cela qu’il est en pierre et qu’à son apparition il n’y a pas d’outils en métal, on comprend mieux la performance technique et artistique du graveur de sceau, graveur que l’on appelle le “purkullu” . Pour rappel il fallait que le sceau cylindre soit gravé en creux pour faire apparaître le sujet en relief sur la bande d’argile.

Les premiers sceaux-cylindres, assez massifs, étaient munis d’une bélière, une sorte de bouton, qui facilitait leur préhension. Ils étaient taillés dans des pierres tendres, la plus commune étant la stéatite.

Sceau-cylindre avec bouton permettant sa préhension

Mais une autre difficulté attendait les artisans qui fabriquaient ces objets : le sceau-cylindre se généralisant, il apparut bientôt nécessaire qu’il puisse être attaché, pour que son possesseur l’ait toujours avec lui et ne le perde pas. L’objet fut ainsi percé dans le sens de la longueur, ce qui devait représenter un volume de travail et un risque non négligeables de casser ce petit objet. A propos des thèmes, pour le décor linéaire, la gravure est profonde; mais pour les êtres vivants, le relief est moindre. Bref, la difficulté technique et la performance artistique sont telles qu’une théorie circule sur les purkullu : il s’agirait d’un savoir-faire transmis à l’intérieur des familles, de génération en génération, et d’une performance sans doute permise par la myopie de l’artisan … avec une très bonne vue de près, qualité transmissible également au sein des familles de génération en génération …

Si les tours horizontales existaient avant l’an 3000, les moyens les plus utilisés pour la fabrication du sceau-cylindre étaient différents et assez rudimentaires :

  • L’outil de prédilection est l’archet qui permet d’imprimer un mouvement rotatif à une tige terminée par une mèche, un foret, ou une meule.
  • A cette époque  on ne connaissait que des métaux « tendres » comme l’or, l’argent, le plomb, le cuivre. La mèche et la meule étaient donc certainement en pierre.
  • Le foret pointu sert lui à percer le sceau de part en part, et à graver des “cupules”
  • Ces cupules devaient ensuite être reliées et estompées à l’aide de la meule et d’outils tenus à la main, comme la lime ou le burin.
  • L’emeri était sans doute également utilisée. On en a trouvé de très grande qualité dans la ville d’Ur.
  • enfin nul doute que la patience était une des premières qualités des artisans …

Archet et foret

Charpentiers à l'ouvrage utilisant un archet et un foret - tombe de Rekhmire à Louxor

Charpentiers à l’ouvrage utilisant un archet et un foret – tombe de Rekhmire à Louxor

Ils pouvaient ainsi travailler des pierres dures comme le marbre, mais plus généralement l’albâtre ou la stéatite plus tendres.

Les matériaux utilisés

La Mésopotamie du Sud n’a pas de ressources naturelles. Il fallait donc que la pierre des sceaux soit importée ou que l’on s’en passe. Pendant le 3ème millénaire, le matériau de prédilection est donc le columelle de coquille marine, et la pierre royale, la plus coûteuse, le lapis-lazuli, importé des confins de l’Iran. Exceptionnellement on fabriqua des cylindres en or, sur une âme de bitume. La coquille resta en usage à l’époque d’Agadé mais on lui préféra la serpentine (pierre vert-noir) assez tendre et qui ressemble à de la diorite, très dure.

Les graveurs de la fin du 3ème millénaire atteignirent une technique parfaite, ce qui leur permit d’exécuter des figures très fines et très petites. Au 2ème millénaire l’hématite (noir bleuté) fut la pierre de prédilection, sur des cylindres plus petits qu’avant.

Sceau-cylindre de Ana-Sin-Taklaku - Hematite - Début du 2ème millénaire

L’hématite resta à l’honneur jusqu’au 14ème siècle av. JC. A cette époque on commença à graver en grand nombre dans l’empire mitannien et ses dépendances, des cylindres en « faïence » vernissée ou, à Élam, en verre.

Dans la seconde moitié du 2ème millénaire, l’outillage se perfectionna de façon décisive, du fait que le bronze était parfaitement connu et que le fer se répandait progressivement. On put donc graver avec succès et finesse de belles pierres dures souvent translucides comme le cristal de roche, la jaspe, cornaline ou agate, jusqu’à la fin de l’époque perse.

Sceau-cylindre d'un dévot de Marduk - Cristal de roche - Kassite - 2eme millénaire av. JC - AO4457

Un superbe exemplaire en cristal de roche. On distingue au centre la perforation sur toute la longueur.

Sceau-cylindre d’un dévot de Marduk – Cristal de roche – Kassite – 2eme millénaire av. JC

 

Comment les sceaux-cylindres étaient-ils portés ?

Les premiers sceaux-cylindres d’Uruk étaient plus liés à une administration qu’à une personne. Ils étaient trop gros pour pouvoir être portés en permanence. De fait ils n’étaient pas percés.

Quand la perforation se mit en place, ce fut au niveau d’un bouton qui les surmontait.Ce bouton était gravé dans la même pièce que le sceau ou dans une pierre différente et adjoint au sceau. Ils pouvaient aussi être en métal. A la période Jemdet Nasr au contraire, les sceaux-cylindres étaient percés, verticalement. Et à la période des dynasties archaïques, en même temps que le pouvoir se structure toujours plus, le besoin des individus de posséder un sceau semble faire son apparition. A la période d’Akkad les sceaux-cylindres étaient munis de capsules métalliques, souvent en or, qui permettaient de les suspendre. Parfois ces capsules étaient elles mêmes décorées.

Sceau-cylindre Hématite avec sa monture en or - XVIIIe siècle

Sceau-cylindre Hématite avec sa monture en or – XVIIIe siècle av. JC

On trouve aussi un principe d’attache permettant l’attache et la simplification du roulement comme sur ce sceau-cylindre égyptien ci-dessous

Sceau-cylindre égyptien avec sa monture - Coffret Nebhepet-Rê Montouhotep II

Sceau-cylindre égyptien avec sa monture – Coffret Nebhepet-Rê Montouhotep II

Enfin dans certaines régions très attachées au sceau, on vit se mettre en place un système mixte avec un sceau-cylindre / cachet, et la possibilité de l’utiliser en le roulant sur sa longueur, ou d’imprimer l’argile uniquement avec son extrémité. Les thèmes du cylindre et celui du cachet étaient évidemment liés. Ici un très bel exemple avec une attache représentant Pazuzu !

Sceau-cylindre surmonté de la tête du démon assyrien Pazuzu AO211111

Sceau-cylindre surmonté de la tête du démon assyrien Pazuzu


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