Le site de Mari , découvert par André Parrot 1/3


Le nouveau chantier a été jalonné par Tellier et moi, où toutes les équipes sont amenées ce matin. On travaille aux environs de blocs de pierres qui émergent et semblent indiquer un alignement intéressant. Dans la partie occidentale du nouveau secteur, un coin se révèle, farci de débris de statuettes cassées. Toute la journée on ramasse des morceaux en abondance qui appartiennent à un minimum de quinze statuettes, toutes cassées dans l’Antiquité. Il y a surtout des hommes, barbus, au kaunakès.

Extrait du carnet de fouilles d’André Parrot, Mari, 15 janvier 1934.

Mari - Roi Ishqi-MariRoi  Ishqi-Mari

Mari - Ebih-Il l'intendant - AO17551Mari – Ebih-Il l’intendant

A l’occasion du 80ème anniversaire de la découverte de la ville de Mari, par Marrot, en janvier 1934, le Louvre et l’Institut du Monde Arabe (IMA) organisent une exposition (dans les murs de l’IMA, jusqu’au 4 mai) et une série de conférences (colloque de février pour le Louvre; conférences en mars pour l’IMA). Conférenciers et Exposition reviennent sur l’histoire des campagnes de fouille ainsi que sur l’analyse de quelques éléments du site voire de leur réinterprétation.

Présentation de l’exposition

Une introduction nous a permis d’avoir quelques informations sur cette exposition à l’IMA. Monsieur Eric Delpont notamment a expliqué l’opportunité à l’occasion d’un prêt, de réunir deux statues fameuses, celle du roi Ishqi-Mari (Musée d’Alep) et celle d’Ebih-Il, l’intendant (Musée du Louvre) (ci dessus).

Mari - Tete de femme - albatre lapis lazuli bitume calcaireTête de femme

Plusieurs vitrines se succèdent présentant les œuvres mises en contexte par panneaux, associées aux archives de la mission et aux photos de fouilles. Vitrine Institut du Monde Arabe - Exposition Mari et Parrot - Clou de fondation

Vitrine sur les clous de fondation

Les vitrines abordent aussi la glyptique, la statuaire, les outils et le bureau d’André Parrot, les questions de datation, … L’exposition se tient à l’IMA jusqu’au 4 mai 2014.

Temple d’Ishtar de Mari 1934-2014. Du modèle d’hier à la réalité présente, architecture et stratigraphie

Site de Mari

Jean-Claude Margueron est ensuite intervenu pour une présentation très vivante, structurée et pédagogique, sur la réinterprétation du site, de son plan général et du plan temple d’Ishtar en particulier. Il remarque tout d’abord quelques lacunes dans les relevés de fouilles à notre disposition (pas de cote d’altitude, pas « d’accrochage » des photos in situ à un point précis de topographie), voire quelques incohérences ou bizarreries (le réseau de canalisation est visible au niveau des sols), il rend hommage à André Parrot pour son interprétation en regard des connaissances de l’époque. Mais depuis cette date, les méthodes et les connaissances sur la période ont beaucoup évolué : de nouvelles pratiques de fouilles (méthode Wheeler), la connaissance de l’architecture et la prise en compte de l’urbanisme. Point essentiel : l’archéologie connaît maintenant « l’infrastructure compartimentée » pour les villes mésopotamiennes. Il s’agit d’un réseau de fondations d’1,5 m à 2 m de haut, délimitant des quartiers séparés par des rues ayant une chaussée absorbante. Cette infrastructure est établie sur une plate-forme sub-horizontale préalablement à la construction du niveau d’usage lui-même. La chaussée absorbante est composée de gravillons, de terre sèche, de cendre, de tessons concassés, … Parrot ne connaissant pas ce principe en 1934. Résultat : ce qu’il a parfois interprété et transcrit sur le plan d’origine, comme des superstructures sont, en réalité, des fondations. De fait, le plan du temple peut être repensé en partie, avec l’annulation de certaines issues. Il n’y a aussi qu’un seul niveau d’usage, celui qui permet l’écoulement de l’eau et son évacuation, à la fois par la pente et par la pénétration dans la chaussée absorbante. Les différences de niveau sont donc une conséquence voulue de l’infrastructure compartimentée.

Plan de Mari - Institut Français du Proche orient 2009Plan du site, par l’Institut français du Proche-Orient

Au final la présentation met en évidence un seul temple et non trois niveaux, un volume sans doute doublé en hauteur pour permettre le logement des prêtres, un fonctionnement interne plus compréhensible et plus clair avec la simplification des issues, et l’insertion du temple dans un environnement urbain plus étendu (notamment une place, au sud).

Mari et le Système Monde sumérien, le cas de la vaisselle de chlorite

Pascal Butterlin présente ensuite l’internationalité des échanges au 3ème millénaire avec l’exemple de Mari. Il souligne que la ville termine une chaîne d’échange qui trouve ses origines géographiques en Iran, voire dans les plaines de l’Indus ou encore en Afghanistan. La vaisselle en chlorite en particulier est assez remarquable. Le vase d’Anzu reprend, sur un de ses fragments bien connu, le thème de la figure léontocéphale bien connue.

Mari - Vase d'Anzu - Fragment décoré d'un aigle léontocéphale - importé d'Iran - vers 2500 - AO17553Vase d’Anzu

Je ne résiste pas à vous montrer le même motif, sur une statuette superbe

Figurine leontocephaleStatuette leontocéphale

Le vase d’Anzu a fait l’objet de recherches nouvelles et a pu être « reconstitué » avec les bons fragments, ce qui permet de calculer les dimensions originales. On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’un vase monumental, d’un diamètre de 60 cm, d’une hauteur de 65 cm, d’un poids de 65 kg, pour une capacité de plus de 38 litres. Il a été débité volontairement et conservé peut être comme un objet de « musée ». Il s’agit d’un objet de facture très élaboré, peut être produit par un atelier royal. De fait le temple d’Ishtar a peut être joué un rôle important, un rôle dans l’investiture des rois. L’archéologue est revenu ensuite sur l’inventaire et son contexte, tant sur la distribution que sur la nature des éléments retrouvés, soulignant que les plus belles pièces ont toutes été retrouvées au sud du temple, à l’endroit de la place (anciennement la pièce 18 du temple, pour Parrot). Avant la destruction de la ville et des temples par Hammurabi en 1760, le rejet de certains objets de culte en dehors des lieux sacrés, en signe d’exécration, les auraient peut être finalement protégé, contrairement à ceux restés dans les enceintes sacrées.

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