Les grandes découvertes de l’archéologie biblique


Dans le billet consacré à l’archéologie biblique au Proche-Orient, en Palestine plus précisément, nous avons vu que cette école de recherche avait mené, et mène encore, des fouilles archéologiques. Loin des polémiques que ses objectifs ont pu susciter il est indéniable que l’ archéologie biblique a contribué à mettre au jour des trésors de l’Antiquité orientale. Son point de vue s’est évidemment concentré sur les périodes évoquées dans les textes sacrés, ainsi les informations qu’elle nous livre sont centrées sur la toute fin de l’Age du Bronze et l’Age du Fer, du XIII° siècle au VIII° siècle avant notre ère en particulier.

En Syrie-Palestine à la fin du XII° siècle la présente égyptienne est forte, à Beth Shean par exemple. Ce site a été fouillé entre 1921 et 1933 par l’équipe d’archéologues de l’université de Pennsylvanie, C. S. Fischer, G. Fitzgerald et A. Rowe. Ensuite l’écart se creuse entre des sites très prospères à l’image de Meggido et la majorité de la population marquée par un retour au semi-nomadisme et à un mode de vie rural. Ces populations s’installent sur les collines centrales de Judée. Les résultats des fouilles entreprises dans cette zone au cours des années 1960 ont été interprétés comme le témoignage d’une explosion démographique. Plus de 130 villages ont été repérés dans le Sud de la Palestine par ailleurs peu peuplé. L’archéologue de cette région est Israël Finkelstein.

portrait de Finkelstein

I. Finkelstein

Une partie de ces habitants des villages sont appelés les habiru dans les sources assyriennes, ce sont des proto-Israëlites du I° millénaire avant notre ère. Pendant cette période aucune opposition entre les cananéens sédentaires et les habiru nomades n’est prouvée. La pression des Philistins sur la côte aurait contribué à souder les populations de Palestine centrale mais on ne connaît pas d’attestation de la naissance d’une monarchie israélite. Lorsque cette monarchie est citée pour la première fois dans les sources écrites du I° millénaire elle ressemble à celle de Jordanie mais est centrée sur le culte exclusif de Yahweh, au départ dieu de la cité de Siloh.

Jérusalem et l’archéologie biblique

Plan de Jérusalem avec emplacement du premier temple et source hors de la ville

La carte de Jérusalem antique avec le temple et le tunnel visibles

 

Les fouilles y sont très difficiles, avec une vue très partielle des niveaux d’occupation les plus anciens, notamment ceux de l’époque de David. Deux édifices importants sont à signaler : le Temple de Salomon et le tunnel vers la source d’eau.

plan temple de Salomon

Le plan temple de Salomon

Le Temple de Salomon est décrit avec précision dans la Bible aux chapitres 5 et 6 du Livre des Rois. Actuellement les fouilles se poursuivent sur ce site. Salomon aurait fait appel aux architectes du roi de Tyr ce qui expliquerait le plan utilisé : tout en longueur, typique du temple syrien. Le bâtiment s’ouvre par un porche in antis, la salle principale est soutenue par deux colonnes. Au fond de l’ante cella on trouve un espace plus réduit correspondant à la cella proprement dite. Le bâtiment est long de 50m.
La source d’eau existant à proximité mais à l’extérieur de la ville est reliée à Jérusalem par un tunnel long de plus de 500m. La construction de ce tunnel est mentionnée dans la Bible. Il a été creusé pour acheminer l’eau directement dans la ville en cas de siège. Il abritait l’inscription mentionnant le roi Ézéchias désormais conservée au musée d’Istanbul. (voir le billet sur l’archéologie biblique, les sources pour la recherche archéologique en Terre Sainte).

 

Megiddo et l’archéologique biblique

Fouillé par les équipes de l’Oriental Institute of the university of Chicago (OIC) ce site abrite de nombreux niveaux d’occupation. Parmi les archéologues ayant travaillé sur ce site entre 1929 et 1935 on citera C. S. Fischer, P. L. O. Guy et G. Loud. Les niveaux concernés par les royaumes de Palestine sont les niveaux IV B à V A datant de l’Age du Fer. Des influences d’époques et de lieux divers sont visibles dans l’architecture des bâtiments de la ville.

Plan de Megiddo

Megiddo et son palais

Deux palais ont été construits selon le plan de l’hilani assyrien classique : vestibule à colonnes précédant une salle de réception et séparation entre les espaces publics et privés. Néanmoins ces deux palais présentent quelques particularités. Dans l’un on peut voir la présence d’un escalier dans le fond de la salle de réception. Dans l’autre le mur arrière de la salle de réception a été adapté aux casemates du rempart. Par ailleurs ce dernier est entouré d’un enclos d’une soixantaine de mètres de long.
Les portes de la ville ont un plan en triple tenaille ce qui est un marqueur de la conquête israélite en Palestine. En réalité ce type de portes était déjà utilisé auparavant, à l’Age du Bronze Moyen à Alalakh ou dans la cité d’Hazor.

Porte en triple tenaille de Megiddo

Porte de Megiddo

 

Porte en triple tenaille d'Hazor

Porte Hazor

 Les « écuries de Salomon » sont constituées d’un bâtiment de 25 mètres de long divisé en trois parties avec de grandes auges et monolithes servant de colonnes. Sur le site de Beersheba on a trouvé ce même type de bâtiment, il a été interprété comme une structure de stockage. Ce plan et le bâtiment sont datés du IX° siècle, du règne du roi d’Achab. Au Deuxième Livre des Chroniques, 9, 25, on peut lire

Salomon eut quatre mille stalles pour ces chevaux et ses chars, et douze mille chevaux qu’il cantonna dans les villes de chars et près du roi à Jérusalem.

Salomon aurait donc fait de Megiddo une de ses villes de chars. Or on sait que la ville était un point stratégique, lieu de rencontre des voies commerciales de la région reliant l’Assyrie, l’Égypte, l’Arabie et la grande Byblos.

Porte en triple tenaille d'Hazor

Les « écuries »

 Sur ce site on trouve aussi un système de ravitaillement en eau, en cas de siège, la source est située en dehors de la ville. Un tunnel souterrain de 80m de long et un puits ont été aménagés sur le même modèle qu’à Jérusalem.

On y a trouvé des fragments de 13 chapiteaux « proto-éoliques », on retrouve ce type de production à l’Age du Fer II dans plusieurs sites palestiniens. Ils sont composés de deux volutes se déroulant autour d’un axe central. Toutes ces découvertes sont attestées du règne de Salomon de manière quelque peu superficielle, l’apogée de ces productions a lieu vers le milieu du IX° siècle.

Chapiteau proto-éolique

Chapiteau Proto-éolique

 

Samarie et l’archéologie biblique

La ville est située au Nord du royaume d’Israël, c’est le site le plus important de l’Age du Fer II. Elle a été fondée à l’époque du roi Omri, dans la première moitié du IX° siècle, capitale du royaume d’Israël, royaume du Nord, après la division du territoire consécutive à la mort de Salomon.

Les ruines du palais Samarie

Vestiges du palais d’Omri

Ce site est tourné vers le Levant. Sous le règne du roi Achab l’épouse du souverain, Jezabel, le convainc de faire construire un temple dédié à Baal dans la cité de Samarie s’éloignant de la progression du monothéisme porté par Yahweh dans les zones méridionales du Levant. Ce temple fut édifié sur l’acropole de la cité.
Les bâtiments et les enceintes ont été fouillés partiellement. Les enceintes sont rythmées de casemates insérées dans les murs du palais. Plusieurs bâtiments isolés de l’enceinte ont été sondés. Le palais présente un plan en hilani. Deux édifices remarquables ont suscité l’intérêt des fouilleurs de l’époque : le bâtiment aux ivoires et le bâtiment aux ostraca.

Le bâtiment aux ivoires fut édifié au début du VIII° siècle avant notre ère. On y a découvert des pièces d’ivoire, ce sont des plaquages de mobilier de style égyptisant. La technique de taille de l’ivoire de ces fragments est la même que celle utilisée à l’Age du Bronze Récent. Les thèmes figurés sont cosmopolites et certains ont été brûlés. Ils sont à mettre en parallèles avec les ivoires du site syrien d’Arslan Tash.

Un ivoire de Samarie

Un ivoire de Samarie

Le bâtiment aux ostraca abritait des éléments de comptabilité et des textes se rapportant au début du IX° siècle, à l’époque du roi Jéroboam notamment. Ce sont des vestiges précieux pour la connaissance des écritures hébraïques anciennes et des outils de gestion des biens de cette période.

Pour en savoir plus sur l’archéologie biblique

  • Sur le royaume de Juda (concernant Jérusalem),
  • Pour une vision plus « romanesque » de la construction et pérennité de Jérusalem : Jérusalem, Biographie par Simon Sebag Montefiore ou encore Jérusalem de Pierre Loti,

 

  • Sur Samarie, lien qui renvoie lui-même à une bonne bibliographie,
  • Sur Megiddo.

 

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