Art paléochrétien et cryptage des représentations


Poisson et pain - Catacombe de Calixte
Poisson et Pain – Catacombe de Saint Calixte – Art paléochrétien
En matière d’histoire de l’art, le monde chrétien qui apparaît dans l’empire romain pose, à ses débuts, un petit problème : comment représenter le Dieu (unique) alors que un des chapitres de l’Exode(20.4)  l’interdit :
« Tu ne te feras pas d’image taillée, ni aucune figure de ce qui est en haut dans le ciel, ou de ce qui est en bas sur la terre, ou de ce qui est dans les eaux au-dessous de la terre » ….
Comment se distinguer des représentations, des statues gigantesques des nombreux dieux païens, à l’époque paléochrétienne ? Par le symbolisme. Clément d’Alexandrie va en effet préciser, dans son « Pédagogue », qu’il est possible d’utiliser l’image du poisson, de la lyre, d’une ancre, etc.
Ce qui permet aussi de jouer sur l’ambivalence de certaines représentations et de ne pas s’afficher ouvertement comme chrétien. Prenons par exemple la Stèle de Licinia ci dessous.
Stele de Licinia Amias
Comment lire l’épitaphe  ?
Tout d’abord le signe « D ~~~~ M », se lit comme « Diis Manibus », classique dans le monde romain, comme une invocation des dieux mânes, païens.
Mais en dessous, il y a une autre inscription …. qui renvoie au mot  ICHTUS soit « poisson », celui ci étant également codé pour signifié autre chose. En effet la première partie se décompose comme suit …
  • I (I, Iota) : ΙΗΣΟΥΣ (Iêsoûs) « Jésus »
  • Χ (KH, Khi) : ΧΡΙΣΤΟΣ (Khristòs) « Christ »
  • Θ (TH, Thêta) : ΘΕΟΥ (Theoû) « Dieu »
  • Υ (U, Upsilon) : ΥΙΟΣ (Huiòs) « fils »
  • Σ (S, Sigma) : ΣΩΤΗΡ (Sôtếr) « Sauveur »

On peut traduire donc aussi traduire ce mot par « Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur », et pas seulement par « poisson ». Puis la représentation elle-même des deux poissons, figures autorisées, ainsi que l’ancre, objet proche de la croix, mais logique dans ce contexte.

Un bel exemple du véritable cryptage que les premiers chrétiens ont utilisé dans une période qui ne leur était pas favorable. L’ édit de Constantin, qui autorise explicitement la liberté du culte et prône la tolérance, n’interviendra en effet qu’en 313 après JC.
Ce qui est remarquable par ailleurs, et qui joue aussi en faveur de l’anonymat, c’est qu’il n’y a pas de rupture stylistique dans les œuvres réalisées. Ce sont les mêmes artistes qui exécutent la commande du notable païen ou du notable chrétien. Pas de rupture stylistique donc, mais également, parfois, pas de rupture thématique.
Un exemple nous est donné par le thème du banquet. C’est une pratique courante à l’époque romaine que le pater familias partage avec sa famille et ses amis, dans sa domus, le soir, un moment de convivialité. Et dans la représentation funéraire païenne, on retrouve normalement cette scène qui marque un des moments heureux de la vie d’ici bas. Ce thème du banquet va être repris dans la représentation chrétienne avec évidemment une toute autre signification, celle d’un repas à caractère religieux.
Banquet - Saint Pierre et Marcellin
Dernier exemple, l’image du « bon pasteur ». Le pasteur est une image païenne (avec le Dieu Hermes par exemple, protecteur des bergers et de leurs troupeaux) mais son évocation apparaît aussi dans le Psaume 22 « Yahve est mon berger ».
Bon Pasteur - Catacombes
Si vous voulez en savoir plus, beaucoup de textes existent sur l’art paléochrétien notamment via le sujet des « catacombes ». Bonne navigation !

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