La Basilique Antique du Saint Sépulcre et son architecture – Partie 1


Reconstitution aérienne du Saint Sépulcre

Reconstitution en vue aérienne du Saint Sépulcre

Epicentre du christianisme en terre sainte, le Saint Sépulcre, autrement dit le tombeau de Jésus de Nazareth, fut du temps du premier empereur chrétien Constantin découvert et mis en valeur par la grande Basilique de l’Anastasis, résumé de toutes les expériences architecturales de l’époque. De ce grand sanctuaire il ne reste plus aujourd’hui que quelques pierres, des représentations et des descriptions d’époques, qui permettent en connaissance des canons architecturaux de la période et en comparaison d’autres monuments, d’établir un plan et de se représenter l’édifice tel qu’il était. Avant d’aborder concrètement ces différents éléments, il convient d’introduire le sujet par un résumé de l’histoire tumultueuse de l’emplacement du mythique sépulcre jusqu’à sa redécouverte du temps de Constantin au IVe siècle.

Mémoire d’un emplacement : Le Golgotha de Jésus à Constantin

Le Saint Sépulcre est considéré par les chrétiens comme leur saint des saints, il s’agit en effet du sanctuaire édifié autour du lieu supposé de la crucifixion (Golgotha) ainsi que de l’endroit où le Christ aurait été enterré (Le sépulcre ou tombeau de Jésus) et surtout où il aurait ressuscité (Anastasis, en grec « Résurrection »). Dans les évangiles, Jésus est mort crucifié à l’extérieur des remparts de Jérusalem sur une colline rocheuse « le lieux du crâne » ou Golgotha (qui tiendrait son nom ou de sa forme, ou de la légende tardive qui placerait le crane d’Adam dans ses entrailles), et a été inhumé non loin de ce lieu dans une grotte, un tombeau neuf fermé par une pierre et entouré d’un jardin.

D’après les fouilles menées dans la basilique actuelle par le franciscain Virgilio Corbo dans les années 1960, des traces de tailles de pierre et de culture ont été mises au jour ainsi que des tombes juives du 1er siècle. Elles indiquaient une utilisation du Mont du Golgotha bien avant sa mention dans le Nouveau Testament. Hors de la ville, le lieu servait de carrière de pierre « malaki » dès le VIIè siècle av. J.-C . Par la suite, au 1er siècle av.J.-C., les cavités furent recouvertes de terre et le lieu fut transformé en jardin avant de devenir un sépulcre. La tombe supposée de Jésus était une tombe individuelle de type arcosolium, dont l’entrée basse était creusée dans un pilastre rocheux isolé de la carrière.

 

Sarcophage de la passion, musées du Vatican, IVe siecle

 Sarcophage de la passion, Musée du Vatican, IV siècle

Lorsque  la révolte juive dite de Bar Kokhba fut totalement soumise, en 135, Jérusalem fut rasée . Pour empêcher toute résistance de la nation juive, Hadrien (Aelius Hadrianus) voulut réaliser une ville nouvelle, dont seraient supprimés tous les souvenirs passés. Il appela cette ville nouvelle « Aelia Capitolina » : « Aelia » en son honneur et « Capitolina » parce qu’elle était destinée à posséder un « capitole », c’est-à-dire un grand temple pour les dieux romains. Eusèbe de Césarée, historien chrétien contemporain de Constantin nous explique alors avec une haine manifeste dans son livre « vie de Constantin » qu’un temple païen de Venus avait été construit sur l’emplacement du Sépulcre, alors remblayé entièrement. Mais à Jérusalem il semble que la tradition orale entretenue par la communauté pagano chrétienne de la ville aurait tout de même conservé la mémoire de l’endroit.

On sait, toujours par Eusèbe, qu’en 326, un an après le concile de Nicée, l’évêque Macaire de Jérusalem suggère à Constantin la destruction de ce temple et le dégagement du tombeau. Constantin va alors confier à l’architecte syrien Zénobie la construction d’un ensemble de bâtiments et d’une basilique « plus belle qu’ aucune basilique sur terre » destinée à enfermer comme dans un écrin les souvenirs de la passion et de la résurrection de Jésus. Et c’est donc le 17 septembre 335, qu’une assemblée d’évêques qui s’étaient réunis à Tyr pour un synode, fut convoquée à Jérusalem afin d’inaugurer cette église de « l’Agia Anastasis »(sainte résurrection), alors même qu’une partie de la rotonde n’était pas terminée.

D’autres auteurs de l’époque ont témoignés de l’édification de ce sanctuaire : -Le pèlerin de Bordeaux (Itinerarium Burdigalense), un récit anonyme, rapporte en 333 les faits suivants

Là, à présent, sur l’ordre de l’empereur Constantin, a été construit une basilique, c’est-à-dire une église de beauté merveilleuse, ayant à ses côtés des réservoirs d’où l’on tire de l’eau et un bassin à l’arrière, où les petits enfants sont baptisés.

Socrate le Scolastique (né vers 380), dans son « Histoire Ecclésiastique », donne une description précise de la découverte qui sera reprise plus tard par les historiens Sozomène et Théodoret. Il souligne le rôle important qu’a joué Hélène la mère de Constantin, aussi créditée de l’invention quasi miraculeuse de la Vraie Croix, dans les fouilles et la construction du Sépulcre . Elle même en présence de l’évêque Macaire aurait découvert avec certitude le lieu de la résurrection. On ne sait d’ailleurs précisément comment a été identifié l’emplacement et à propos de sa découverte, Eusèbe explique : « Il est offert à tous ceux qui viennent pour en être les témoins visuels, une preuve claire et visible du miracle dont ce lieu a été la scène » (Vie de Constantin, Chapitre XXVIII). Un archéologue d’Oxford, Martin Biddle, a avancé une théorie selon laquelle l’expression « preuve claire et visible » pouvait être liée à un hypothétique graffiti « c’est le Tombeau du Christ », inscrit dans la roche par des pèlerins chrétiens avant la construction du temple romain tel qu’on a pu en voir dans d’autres sites chrétiens majeurs tel que la maison de Pierre à Capharnaüm.


Reconstitution de l’édifice Constantinien

 

Plan du Sépulcre

Plan du Saint Sépulcre

Les quelques restes de murs visibles, fondations et traces de maçonnerie retrouvées lors des différentes fouilles, ainsi que la description qu’en fait Eusèbe de Césarée, permettent de dégager un plan. Quatre éléments distincts constituent ce grand ensemble Constantinien orienté d’Est en Ouest.

  1. L’entrée est marquée par un atrium classique de l’architecture romaine civile et des basiliques paléochrétiennes qui donnait sur la rue principale de Jérusalem, le Cardo maximus.
  2. L’église proprement dite,aussi appelée le Martyrium, présente le plan classique basilical, inspiré de l’architecture civile romaine (comme au Latran ou à Saint Pierre de Rome), comptant cinq nefs, séparées par des colonnes, et la nef centrale se terminant par une abside en forme de demi-cercle.
  3. Derrière la basilique, on a aménagé un autre atrium, une cour carrée à ciel ouvert , parfaitement original car il représente le « Saint-Jardin  » et expose à l’est, dans son coin inférieur, le rocher supposé du Golgotha soutenant une relique de la vraie croix.
  4. Enfin la partie la plus importante est la grande rotonde, « agia anastasis » ou Sainte résurrection. Cet édifice à plan centré, inspiré de l’architecture funéraire romaine (mausolée sainte Constance, mausolée d’Hadrien) situé dans l’extrémité ouest du jardin, était entourée de 3 absidioles et surmontée d’une coupole percée d’un oculus. Creusée dans le rocher, elle isolait et éclairait en son centre, le sépulcre de Jésus abrité sous un édicule.

 

Detail de la mosaique de MADABA

 La mosaïque de Madaba

Du plan des bâtiments du Saint Sépulcre on n’a aujourd’hui qu’une unique représentation d’époque qui figure sur la mosaïque de Madaba. Il s’agit d’une mosaïque découverte dans les années 1880 en Jordanie. Elle daterait du VIe siècle et représente la carte de la terre sainte et des lieux de pèlerinage chrétiens avec en son centre un plan de Jérusalem.

On y repère le cardo central et sa colonnade et tout autour une ville représentée de façon schématique, dans les conventions du mosaïste. L’église du Saint Sépulcre se distingue particulièrement par sa taille démesurée soulignant son importance religieuse, à cotés de cela on distingue à peine le mont du temple, probablement dans une volonté de minorer la religion juive au profit du christianisme.

Détail de la mosaique de MADABA

 Détail de la mosaïque de Madaba

On observe toujours dans la rue donnant sur l’atrium à trois portes (b), l’escalier monumental (a), l’église (c) avec son toit à double pente (d), l’autre atrium du jardin sacré (e) et enfin la rotonde de l’anastasis (f). Même le baptistère évoqué par le pèlerin de bordeaux est représenté, il s’agirait du losange jouxtant sur la mosaïque le saint sépulcre.

La suite du billet ICI.


Bibliographie

Ouvrages généraux :

  • Pierre MARAVAL « Lieux saints et pèlerinages d’Orient » éd. Le Cerf 2004
  • Cyril MANGO « Architecture Byzantine »
  • Richard KRAUTHEIMER « Early Christian and Byzantine Architecture »

Monographie :

  • André GRABAR « Les Ampoules de Terre Sainte »

Pour aller plus loin

  • http://www.saintsepulcre.custodia.org/ sur les fouilles de Virgilio Corbo.

 


A propos de Pierre

Etudiant à L’Ecole du Louvre (spécialité Archéologie Chrétienne), j’écris sur l’antiquité tardive, l’archéologie biblique et les civilisations mégalithiques

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