La Basilique Antique du Saint Sépulcre et son architecture – Partie 2


Après une première introduction sur le Saint Sépulcre, abordons maintenant ce que virent les pèlerins et les différents éléments du plan de l’édifice.

Vue en coupe et en couleur de l'ensemble du Saint Sépulcre

Vue en coupe et en couleur de l’ensemble du Saint Sépulcre

 

Commençons par l’entrée de la basilique/martyrium du Saint Sépulcre. C’est grâce aux descriptions d’Eusèbe de Césarée que l’on peut se faire une représentation précise de ce lieu de prière.

1) L’atrium à trois portes de la basilique et son escalier monumental présentaient une forme irrégulière qui s’explique par le fait qu’il donnait immédiatement sur le Cardo maximus. C’est une large rue de 22,5 m de largeur, bordée de deux rangs de colonnes, orientée nord-sud, que l’archéologie nous a révélée ces dernières années. Cet atrium reposait en partie sur une énorme citerne voûtée. Le mur septentrional de cette citerne, constitué de gros blocs de pierre aux arêtes taillées, s’élève toujours à plusieurs mètres de hauteur. On a émis l’hypothèse que cet ouvrage primitif servait de mur de soutènement à un podium du second siècle de l’époque d’Hadrien. Ceci conforterait les affirmations d’Eusèbe, selon lesquelles le temple de Vénus, édifié sans doute volontairement par Hadrien sur le site de la tombe de Jésus, se trouvait à cet endroit avant la construction de l’église primitive.

Sur la façade du martyrium, trois autres grandes portes, dont celle du centre était plus monumentale, occupaient sa partie inférieure. Le tympan triangulaire devait être orné dans sa partie supérieure de mosaïques, représentant la Résurrection du Christ.

Vue isométrique du Martyrium

Vue isométrique du Martyrium du Saint Sépulcre

2) Le martyrium et ses 5 nefs était le lieu où se déroulaient les offices. La nef centrale du Saint Sépulcre, beaucoup plus large et terminée par l’abside, était le lieu de rassemblement de l’évêque et de ses prêtres. Elle était flanquée de 2 ailes où se trouvaient les 4 autres nefs, séparées d’une rangée de grandes colonnes de marbre à chapiteaux dorés, et d’une rangée de petites colonnes sur piédestal . L’ensemble était surmonté de galeries à l’étage percées de fenêtres et des plafonds à caissons dorés qui devaient parcourir l’ensemble de l’édifice. Eusèbe nous explique que l’abside, à « la tête » de la basilique pour reprendre ses mots, était cerclée de 12 colonnes, comme le nombre des apôtres, qui portaient des corbeilles en argent.

Enfin sous la partie est de la nef centrale on trouvait la grotte qui aurait conservé la « vraie » croix de Jésus découverte par Saint Hélène. L’ensemble du bâtiment mesure 56 m de longueur sur 40 m de largeur et était recouvert d’un unique toit charpenté en pignon recouvert de tuiles. Tous ces éléments fastueux étaient massés dans un espace intérieur d’un tiers de la taille du Latran. En effet la longueur de la basilique subissait une restriction du fait de la présence du Golgotha à l’ouest et du cardo maximus à l’est. La grande quantité et la densité des décorations dont parle Eusèbe exaltait sans nul doute la foi des pèlerins qui se rendaient en terre sainte.

3) Passons à présent au jardin sacré et à la rotonde de l’anastasis. Eusèbe nous dit que le Golgotha était visible dans le coin sud-est à une quarantaine de mètres de la tombe, dans la cour à ciel ouvert, elle même pavée et bordée de trois portiques. Cette cour séparait le martyrium de la rotonde entourant le sépulcre de Jésus. Il ne semble pas que le Golgotha ait été protégé par une chapelle ou un baldaquin. Toutefois, on se réunissait alentour pour de courtes cérémonies liturgiques. Les liturgies solennelles se déroulaient dans l’église proprement dite, et dans la rotonde.

Aujourd’hui l’examen des sous sols de l’édifice confirme à cet emplacement la présence d’un impressionnant bloc calcaire isolé de 11m de haut et 5 à 7m de diamètre dont 4m50 étaient au dessus du sol de l’église. Aujourd’hui seul le sommet dépasse dans l’actuelle chapelle du Golgotha.

Pour construire la rotonde il a d’abord fallut isoler le bloc rocheux qui renfermait la tombe de Jésus. Ensuite, on a du s’attaquer au roc de tout le secteur pour y construire la rotonde proprement dite. On évalue à 5 000 m3 la pierre ainsi extraite, car le diamètre de l’édifice est de 35 m, et la hauteur du rocher creusé de 11 mètres, un travail colossal.
Une étude architecturale du mur extérieur de la rotonde, conservé dans certaines de ses parties jusqu’à une hauteur de 10 m, prouve qu’il a gardé sa forme primitive du IVe siècle avec ses 3 petites absides. Le sépulcre lui-même est entouré d’un cercle de douze colonnes, par groupes de trois, entre quatre paires de pilastres carrés. Il est possible que les colonnes de la rotonde du IVe siècle furent prises de leur emplacement d’origine, sur la façade du temple romain. La restauration des pilastres a prouvé que ces colonnes, beaucoup plus hautes à l’origine, avaient été coupées en deux par les Croisés pour être insérées dans la rotonde du XIIe siècle. La coupole qui devait recouvrir la rotonde, elle, a totalement disparu.

Ce mur extérieur coupe par ailleurs des tombeaux juifs du temps de Jésus qui confirment que nous sommes bien dans une région de tombeaux, conformément aux données des Evangiles.

De cette rotonde, on garde de nombreuses représentations dans l’iconographie paléochrétienne de la résurrection, tel que sur la boucle de ceinture en Ivoire attribuée à saint Césaire, évêque d’Arles au VIe siècle ou sur l’ivoire de Munich du IVe siècle.

Boucle de ceinture en ivoire de Saint Césaire, musée d’Arles, VIe siecle

 Ivoire de la résurrection, Munich, 360

Ivoire de la résurrection, Munich, 360

4) Au centre se trouvait l’édicule ou ciborium du Saint Sépulcre, l’écrin qui renfermait intact le tombeau du christ selon la volonté de Constantin, rapporté par Eusèbe, pour que chacun puisse voir la tombe telle qu’elle était 300 ans auparavant. Plusieurs indices archéologiques permettent de savoir la forme quasi exacte que pris la tombe.

Les ampoules à Eulogies de Monza du VIe siècle présentaient pour une très grande partie sur leurs faces une représentation de l’édicule de l’anastasis assez schématique mais suffisante pour se le représenter.

Une ampoule à Eulogie de Monza, IVè siècle

Une ampoule à Eulogie de Monza, VIe siècle

En général il est représenté comme un ciborium à toit octogonal habituel des mausolée byzantins surmonté d’une grande croix parfois fleurie, en évocation du jardin. Il repose sur un nombre variable de colonnes torses à chapiteaux corinthiens parfois décorées d’étoffes, de lampes et de chaînettes. Enfin l’intérieur la grotte semble fermée par une sorte de grille de clôture. On trouve de temps à autre un deuxième ciborium plus grand englobant le premier, d’architecture similaire, ou une seule voûte, simple évocation de la rotonde.
On conserve à Narbonne une miniature du Ve siècle de ce même édicule, taillée dans le marbre, où l’on retrouve les mêmes particularités. On remarquera simplement le petit portique à colonnes devant l’édicule.

Maquette de Narbonne en marbre, Ve siècle

Maquette de Narbonne en marbre, Ve siècle

Épilogue

Le gigantesque ensemble Constantinien du Saint Sépulcre a donc attiré un grand nombre de pèlerins et inspiré l’imagination des artistes. On l’aura compris, le sépulcre était vu non pas comme le lieu ou Jésus était mort, mais comme le lieu où, selon les chrétiens, le Christ avait ressuscité, où il avait vaincu la mort. Cette tombe vide dans un formidable bijou architectural était donc l’émouvant témoignage de l’ évènement qui constitue le pilier central de la foi chrétienne.

En 614, le sépulcre succombe aux coups de l’envahisseur perse, s’emparant de la vraie croix. D’après Arculfe, un pèlerin du VIIe siècle, les ruines ne seront relevées autour de la rotonde qu’en 650 et sommairement restaurées après le retour de la vraie croix rapportée par l’empereur Héraclius en 630.

Monnaie d'Héraclius, Vraie croix

Monnaie d’Héraclius, Vraie croix

Une deuxième destruction a lieu en 1009, cette fois sous les marteaux du calife arabe, Al Hakim. L’état des ruines est effarant. On va même jusqu’à pulvériser la tombe de Jésus au centre de la Rotonde. Par contre le Golgotha demeure intact. Un roi de Byzance, Constantin Monomaque, tente de rebâtir le monument en 1048. Il abandonne totalement la basilique. Il réunit en un seul bâtiment la Rotonde, la moins endommagée, l’atrium qui la précède et le Golgotha dont le mur passe devant l’abside de la basilique constantinienne. Les croisés ne se contenteront que de consolider cette restauration.

Le plus beau témoignage de l’ancienne basilique est une des grosses pierres d’un mur constantinien présente une surface polie de 31 cm x 65 cm. On y a dessiné un bateau et inscrit deux mots, à l’encre noire, bien visible à l’œil nu. Une photographie à l’infrarouge confirme et précise cette lecture « Seigneur nous irons » . Le navire correspond parfaitement aux bateaux marchands romains des IIe et IVe siècles de notre ère, donc encore en usage à l’époque constantinienne. La forme de la coque, les deux gouvernails et surtout le mât sont révélateurs.

Nous sommes en présence d’une des plus vieilles inscriptions chrétiennes de Jérusalem, qui témoigne encore une fois de la ferveur et de l’engouement qu’a pu entraîner l’église du Saint Sépulcre de Constantin, Basilique parmi les basiliques.

Relevé archéologique du Graffiti du bateau
Relevé archéologique du graffiti « du bateau »

 

Bibliographie

Ouvrages généraux

  • Pierre MARAVAL « Lieux saints et pèlerinages d’Orient » éd. Le Cerf 2004
  • Cyril MANGO « Architecture Byzantine »
  • Richard KRAUTHEIMER « Early Christian and Byzantine Architecture »

Monographie :

  • André GRABAR « Les Ampoules de Terre Sainte »

Pour aller plus loin sur le Saint Sépulcre

  • http://www.saintsepulcre.custodia.org/ sur les fouilles de Virgilio Corbo.

A propos de Pierre

Etudiant à L'Ecole du Louvre (spécialité Archéologie Chrétienne), j'écris sur l'antiquité tardive, l'archéologie biblique et les civilisations mégalithiques

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