La véritable fonction de la colonne trajane


A l’occasion de la lecture du numéro de septembre/octobre 2013 des Dossiers d’Archéologie, consacré aux « Trophés romains et colonne trajane« , je n’ai pas pu m’empécher de retourner feuilleter l’ouvrage de Paul Veyne, qui réunit quelques articles étayant selon lui la théorie d’un « empire gréco-romain ». Parmi ces articles, l’un d’entre eux avait particulièrement attiré mon attention, celui consacré aux « Buts de l’art, propagande et fastes monarchiques ». Cet article revient sur la fonction de l’art impérial, en particulier la fonction réelle de la colonne trajane. Colonne Trajane Prenons 2 minutes pour la présenter sommairement, sur les éléments qui vont nous intéresser… La colonne trajane mesure près de 39,27 m de hauteur et pèse 1036 tonnes. Un bas relief en frise s’enroule en hélice et représente près de 200 mètres en 184 scènes et près de 2570 figures. Trajan lui-même y figure 58 fois. Il s’agit en effet de la commémoration des campagnes de l’empereur en Dacie une première fois de 101 à 102 ap. J.C. puis de 105-106. Le soubassement de près de 10m de haut était le tombeau de l’empereur. Détail colonne trajane Ce procédé de frise en hélice est nouveau pour l’époque et on le doit à d’Appolodore de Damas. La colonne trajane était entourée sur ses 4 cotés : des bibliothèques grecque et latine, à l’Est et à l’Ouest , la Basilica Ulpia (pour les réunions) au sud et des propylées au Nord. Reconstitution de la place et colonne trajane - vue d'artiste - photo DeAgostini-Leemage

Reconstitution de la place et colonne trajane – vue d’artiste – photo DeAgostini/Leemage

Un procédé de superpositions verticales semble avoir été inventé pour éviter au spectateur de tourner tout autour de la colonne 23 fois (le nombre de spires), tout en lui permettant de comprendre l’essentiel du « discours » : le franchissement de la frontière et la victoire de Trajan sur les Daces, est identique que l’on tourne 23 fois autour de la colonne ou que l’on en fassee la lecture « en vertical » d’un seul point de vue, notamment depuis la face nord-ouest, la face de la victoire. Mais la question de la réelle lisibilité de la frise pour le spectateur pose tout de même question. En effet il n’y a pas d’augmentation progressive de la taille de la spire comme on le croyait (même si cette taille varie parfois de 0,8 à 1,5m). Par ailleurs cette colonne était enserrée par des bâtiments qui empêchaient de prendre beaucoup de recul pour l’appréhender dans son entier. Enfin, un spectateur situé sur le balcon des bibliothèques ne pouvait pas, par définition, en faire le tour. Reconstitution de la place et colonne trajane - vue d'artiste - photo DeAgostini-Leemage

Reconstitution de la place et colonne trajane – vue d’artiste – photo DeAgostini-Leemage

Il semble donc que depuis les terrasses des bibliothèques, un spectateur pouvait « lire » les deux tiers des spires. Depuis le sol, l’essentiel de la colonne était illisible car trop éloigné du point de vue. Schéma des conditions de visibilité de la frise de colonne trajane - d'après J Packer 1997

Schéma des conditions de visibilité de la frise de colonne trajane – d’après J. Packer, 1997

Alors si la colonne trajane était illisible, quelle était sa véritable fonction ? Selon Paul Veyne, sa fonction première était avant tout de proclamer la conquête et la romanisation de la Dacie, sans objectif de lecture/déchiffrement et de pédagogie. C’est une œuvre d’artiste, commandée par le Prince, à sa gloire. C’est une expression du « faste » du pouvoir (déjà en place), et non pas une œuvre de « propagande » (de quelqu’un qui veut devenir chef). Et si l’on considère le monument en entier, soubassement/tombeau compris, on peut comprendre la frise de la colonne trajane comme une décoration embellissant l’ensemble architectural, qui lui, devait impressionner. Il est dommage que Paul Veyne ne prolonge pas cette discussion « faste ou propagande » à propos de la colonne d’un autre empereur, Marc Aurèle. En effet, plusieurs dizaines d’années plus tard, ses exploits seront célébrés par une autre colonne, qui reprendra la formule des reliefs en bandeau d’Appolodore. Mais le message est différent (si il y a message). Les représentations des campagnes militaires sont beaucoup plus violentes que dans le cas de la colonne trajane. Les barbares sont écrasés et asservis, il peut y avoir des événements surnaturels, comme ce génie ailé qui symbolise la pluie (en haut a droite, ci dessous) qui aurait mis en déroute les barbares. Détail colonne aurélienne Les temps ont changé, le « message » a changé : sous Marc Aurèle les romains doutent de l’intégrité de l’empire et l’on veut peut être alors rassurer en soulignant la force des légions … Alors, la colonne romaine … faste ou propagande ? Pour en savoir plus sur la colonne trajane

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