Le trophée d’Auguste à Nicopolis


Reprise des conférences au Louvre ce lundi, avec une conférence sur le trophée d’Auguste à Nicopolis, présenté par Konstantinos L. Zachos, conservateur honoraire des Antiquités, Ionnina. J’en profite pour le remercier ici de son aimable autorisation pour mon utilisation des illustrations ci-dessous.

Nous sommes au lendemain de la bataille d’Actium, en 31 av. J-C. Octave, le futur Auguste, vainqueur, décide de fonder une ville, Nicopolis, la « ville de la Victoire », à l’endroit même où son état major et lui même ont suivi la bataille navale.

Site avec vue sur la mer. Journal of roman archeology, 2003

Le site de Nicopolis avec la vue sur la mer, JRA*

Après une présentation de la ville et de ses monuments, des principes urbanistiques et architecturaux romains (quadrillage des rues, emploi du ciment), Monsieur Zachos en arrive au sanctuaire, sujet principal de la conférence. Les auteurs antiques, Suétone, Dion Cassius, Plutarque, ont mentionné l’évènement.

« Pour perpétuer la mémoire de la journée d’Actium, il fonda Nicopolis dans le voisinage de cette ville, et y institua des jeux quinquennaux. Il agrandit l’ancien temple d’Apollon, orna de dépouilles navales le lieu où avaient campé ses troupes, et le consacra à Mars et à Neptune ».Suétone, Vie des douze Césars, Auguste, 18-3

Reconstitution. Journal of roman archeology, 2003

Reconstitution du Sanctuaire de Nicopolis. JRA*

Le sanctuaire se présente comme un triple portique avec, au centre un autel monumental, et deux statues sur socle. L’autel monumental présente plusieurs frises célébrant le triomphe qui suivit la victoire, nous y reviendrons. La facade est en pierre avec, encastrés, 36 éperons de navires vaincus. Le toit du portique est en bois avec un revêtement en terre cuite, selon les méthodes d’origine étrusque qui dominent encore à l’époque de la République romaine. Plusieurs fragments montrent que cette toiture portait des représentations de la louve romaine, « lupa romana », de dauphins, ou de végétaux semblables à ceux de l’Ara Pacis.

Fragments terre cuite Nicopolis. Journal of roman archeology, 2003

L’autel monumental lui même fait 22 mêtres de long et 6 mêtres de large. En 10 ans de fouilles, 50.000 fragments ont été retrouvés et analysés (!). 5.000 d’entre eux présentent un motif et ont permis la reconstitution des frises. Ces fragments se classent en trois catégories : la représentation d’équipements de navires et de soldats vaincus (boucliers, éperons de navires, …), un décor végétal et les éléments d’un triomphe.

La frise au triomphe devait sans doute trouver sa place sur la partie supérieure de l’autel. Il s’agit d’une procession, le triomphe d’Octave/Auguste, point culminant de la gloire militaire dans la tradition romaine. Ce triomphe se déroula sur trois jours, les 13, 14 et 15 aout de l’an 29 av. J-C. La représentation montre quelques éléments qui seront aussi présent par exemple sur la coupe de Tibère : un général victorieux, monté sur un quadrige.

coupe de tibere

Coupe de Tibère avec le vainqueur à gauche

Reconstitution frise Nicopolis

Reconstitution de la frise de l’autel de Nicopolis

Sur la frise en question, l’ensemble se déplace de droite à gauche. On remarque notamment un esclave, derrière le général, tenant un laurier au dessus de la tête de celui-ci. Cet esclave selon la tradition devait murmurer à l’oreille du vainqueur « attention, attention, tu n’est pas immortel ! ». Un groupe de 9 dignitaires suivent le char, sans doute les membres d’un Sénat aux ordres; des animaux destinés au sacrifices, des chefs militaires alliés des romains, des esclaves qui portent un trésor, …

Deux enfants sont dans le char, debout, devant Octave. Plusieurs hypothèses sont encore à l’étude : s’agit-‘il de ses enfants ? De ses neveux ? Des enfants jumeaux du couple ennemi, Antoine et Cléopâtre ?

L’ensemble devait en tout cas être impressionnant car les vestiges montrent que la frise était peinte, avec un char sans doute couleur rouge vif.

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