Mosaïque romaine

| 11/03/2012 | Reply

 

Mosaïque Piazza Amerina – Villa casale – Sicile

 

(je me résigne a publier les oeuvres en petit format pour des questions de mise en page. Mais vous rappelle que vous pouvez cliquer sur chacune de ces images pour les agrandir)

La mosaïque de pavement connait un succès considérable chez les romains. Les sources sont à chercher dans l’art hellénistique (avec des thèmes liés à l’Histoire et la mythologie), dans l’observation de la réalité quotidienne (comme les scènes de labours, de chasse, etc.).

 

Fonction

La fonction de la mosaïque est évidemment décorative. N’oublions pas que la salle a manger romaine  (triclinium), qui a généralement un décor plus sophistiqué que les autres pièces, peut organiser les lits de banquets en U autour de la scène. L’objectif est de provoquer l’échange entre les convives et de mettre en valeur leur érudition sur la mythologie par exemple. Il ne s’agit donc pas d’une contemplation seulement passive.

Par ailleurs on n’a peut être pas assez souligné la fonction utilitaire de la mosaïque. Après tout, il s’agit d’un sol solide, car revêtu de pierre, et donc aussi facile à entretenir a grande eaux. Un des paradoxes de ces œuvres restera enfin que ce sont souvent des décors illusionnistes en perspective … sur le sol.

 

Technique

Du point de vue technique, on distingue (au moins !)

  •  l’opus tesselatum. Le principe repose sur une mortier fin,  et l’utilisation de « tesselle », petites pierres cubiques, d’un cm carré. La tesselle succède aux mosaïques de galets. L’opus tesselatum fut peut être inventé en Sicile à l’époque hellénistique. Cette hypothèse repose sur les mosaiques de la maison de Ganymède à Morgantina (datée du 3ème siècle av. JC). Une autre hypothèse serait l’invention de cette technique à Alexandrie à la même époque. On y a en effet retrouvé des mosaïques mixtes, composées de galets et de tesselles, ce qui pourrait démontrer la transition vers cette technique,
  • l’opus vermiculatum : cette technique permet des représentations plus sophistiquées. Les tesselles ont alors quelques millimètres de coté et sont taillées sur mesure. Cette technique est très utilisée pour les scènes figuratives,
  • l’opus sectile, qui utilise des fragments de tailles inégales de pierre ou de verre coloré.

 



Quelques œuvres

Allez quelques œuvres maintenant.

La mosaique du “bassin aux colombes” de Sosos de Pergame (Musée du capitole). Son auteur semble avoir joui assez tôt de la célébrité car il a été mentionné par Pline l’ancien (Histoire Naturelle XXXVI, 184). C’est en effet une mosaïque illusionniste, avec des effets de reflets et d’ombres dans l’eau, dont une reproduction à été découverte à la villa Hadriana.

 

La mosaïque d’Alexandre le Grand (l’épisode de la Bataille d’Issos), découverte dans la maison du faune, rejoint sans doute ce souci de représenter un moment important de l’Histoire pour les convives et doit provoquer leurs commentaires. La scène de bataille figure le moment ou le roi des Perses fuit Alexandre, ce dernier totalement concentré sur sa cible et qui fait corps avec son fameux cheval Bucéphale. Les visages sont très expressifs, les équipements très réalistes.

 

L’artiste a aussi montré une certaine audace (ci dessus) dans le style lorsque l’on considère le cheval de dos (à gauche), ou encore le reflet du visage du guerrier terrorisé dans son bouclier (au centre).

La mosaïque du jugement de Pâris, au musée du Louvre, est une décor de triclinium. Les convives reconnaissaient le mythe et enchainait les conversations sur les conséquences de cet épisode. Le berger Pâris, en présence d’Hermès, doit remettre la pomme d’or à la plus belle des trois déesses : Athéna, Héra ou Aphrodite. Il choisira Aphrodite.

 

Mais Histoire et mythologie ne sont pas les seuls thèmes.

Les mosaïques de la Piazza Amerina, du 4ème siècle ap JC montrent que la technique de la mosaïque est encore faste à cette période notamment en Sicile. On y découvre notamment de jeunes femmes, portant des ombrelles, des palmes ou se livrant à des activités sportives. Il y a aussi des animaux exotiques représentés (en tête de ce billet). C’est une démonstration de puissance de la part du maître de maison. Le décor, dans ses thèmes et par sa surface, montre la culture et la richesse du propriétaire.

 

Il faut noter des différence d’une région de l’empire à l’autre.

En Italie par exemple à Ostie, dans la maison de Bacchus et d’Ariane, datée de 125-150, le fond est blanc et le décor est noir, les détail sont en lignes blanches. On a ainsi un décor silhouetté comme des ombres chinoises. On le voit aussi sur la mosaïque de la Place des corporations, fin 2ème siècle, avec la représentation de bateaux, noir sur fond blanc. Ce style ira progressivement en se schématisant et n’aura pas beaucoup de succès hors de sa région d’origine.

En Afrique du Nord, la palette de couleurs est plus large et les scènes sont liées à la culture des champs (Mosaïque des labours (au musée de Cherchell), vers 250, à la chasse, comme pour la mosaique des lions (musée d’El Djem)

En Asie mineure et en Syrie, les mosaïques sont très polychromes. Prenons l’exemple la mosaique de Philippopolis (Syrie), représentant Artemis et Actéon, datée du 3ème ap JC et en opus vermiculatum. Elle présente un décor périphérique avec des guirlandes, des fruits, des canards. Actéon est en haut a gauche. Il sera transformé en cerf par Artemis, pour punition de l’avoir surprise au bain, et sera dévoré par ses propres chiens ! Dans cette mosaïque, il y a un effet de perspective à plusieurs plans, les chairs sont modelées par dégradé de couleur. On peut penser qu’il y a une influence de la peinture de chevalet tant la composition est sophistiquée.

Enfin un petit focus sur la marqueterie de marbre de couleur, l’opus sectile, connue dès l’époque hellénistique. Là aussi les romains se réapproprient la technique. On en a un bon exemple à Pompéi et à Herculanum. La pierre est coupée transversalement pour en révéler toute les moirures, et le résultat est superbe :-)

 

 

Pour en savoir plus

Je vous laisse poursuivre le sujet sur le web. Vous avez aussi un très bon papier, académique, mais en anglais : Mosaics of greek and roman worlds.
Et il y a aussi le numéro spécial consacré à la mosaïque romaine du magazine “Dossiers d’Archéologie”

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Category: Archéologie Romaine

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Bonjour, je partage quelques contenus inspirés de l'Ecole du Louvre.

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