L’ orgue hydraulique dans l’Antiquité


Mosaïque de Nennig, Allemagne, IIIème siècle ap JC

Mosaïque de Nennig (Allemagne), IIIème siècle ap. J.-C.

La musique, très ancienne dans l’Histoire, occupe une place très importante dans les civilisations. Cela est évidement le cas chez les Grecs et les Romains qui utilisèrent et inventèrent une multitude d’instrument. Si certains sont assez classiques et simples comme les flûtes ou les tambourins, d’autres instruments sont plus complexes comme nous allons le voir avec l’orgue hydraulique. Chez les Grecs cet instrument est appelé Organon hydraulicos, le deuxième mot étant formé par hydros signifiant eau et aulos signifiant hautbois. Ainsi le terme grec est traduit littéralement par : instrument aulétique fonctionnant par l’eau. Le terme hydraulis, aulos à eau, aurait été employé lors de la création de l’instrument. Chez les Romains, l’instrument est désigné par Organum hydraulicum, s’agissant ici d’une traduction littérale du terme grec. En ce qui concerne son invention, si certains pensent que les grandes inventions ne sont pas le fait d’un seul homme, il semblerait qu’ici ce soit le contraire. Il faut revenir dans l’Alexandrie du IIIème siècle av. J.-C. On a cette période un développement intellectuel important, notamment grâce à la création du Mouseîon d’Alexandrie. Mais l’inventeur de l’orgue n’est pas un grand savant, mais un fils de coiffeur et se nomme Ktésibios. Son nom est mentionné par Athénée dans Le banquet des savants, par Vitruve dans son De architectura, par Pline l’ancien en citant Les plus illustres ingénieurs et savants. Ktésibios semblait très intelligent et très curieux pour son âge. Il avait crée des machines utilitaires pour son père mais aussi des petits mécanismes musicaux utilisant l’eau et l’air pour fonctionner. Ktésibios, pour son orgue, utilise les propriétés de ces deux éléments pour maintenir un souffle constant dans l’instrument. Deux descriptions de l’instrument existent : il s’agit de celles d’Héron d’Alexandrie et de Vitruve, datant du premier siècle av. J.-C. Nous allons nous baser sur l’orgue hydraulique de Vitruve, le plus complet et le plus utilisé dans l’empire romain.

Figure 1 - Schéma de l’orgue Vitruvien

Figure 1 – Schéma de l’orgue Vitruvien

Le principe de fonctionnement (Fig. 1) est assez simple bien qu’il est été mal compris durant l’antiquité. L’air est compressé dans les deux cylindres sur les côtés et envoyé dans un entonnoir appelé pygnée. Ce dernier est placé à l’envers dans une cuve remplie d’eau. L’eau se répand de manière égale dans la cuve et dans le pygnée grâce à la légère surélévation de ce dernier. L’air envoyé va exercer une pression sur l’eau abaissant son niveau dans le pygnée et l’augmentant dans la cuve. En même temps, une partie de l’air est envoyé vers le haut. Quand les pistons sont relâchés, une ouverture permet aux pistons de se remplir d’air et l’eau dans le bac pousse l’air contenu dans le pygnée vers le haut, rétablissant dans le même temps le niveau d’eau. Ainsi, ce jeu de pistons et de pressions de l’air et de l’eau permet de maintenir un souffle régulier dans l’instrument. L’air est donc envoyé dans le sommier de l’instrument. Ce dernier est surmonté par plusieurs canaux, 4 généralement, appelés registres dont l’ouverture est commandée par des poignées et qui sont surmontés par les tuyaux de l’orgue. On fait jouer ces tuyaux grâces aux touches. Ces dernières actionnent des règles transversales comportant autant de trous qu’il y a de registres. C’est en appuyant sur les touches que les trous vont entrer en concordance avec l’embouchure des tuyaux et permettre la circulation de l’air. En sélectionnant différents registres et en appuyant sur différentes touches, il est alors possible de faire jouer plusieurs tuyaux en même temps.

Mosaïque de Zliten, Lybie

Mosaïque de Zliten, Lybie

Cet orgue décrit par Vitruve est beaucoup utilisé dans l’empire romain vers le premier siècle ap. J.-C. Ce n’est plus un objet de curiosité mais un instrument avec une vrai fonction puisqu’on le trouve dans les théâtres et amphithéâtres. L’empereur Néron lui-même s’intéressa fortement à l’instrument. L’orgue est aussi utilisé dans le domaine privé des riches familles comme en témoigne un passage du Satiricon de Pétrone où un serviteur tranche les viandes en cadence avec la musique (Satiricon XXXVI, texte XXVII). Tout ceci confirme que l’orgue servait à souligner le rythme, c’est pour cela qu’il est beaucoup utilisé dans les amphithéâtres ou les cirques comme nous le montre la mosaïque de Zliten en Lybie. Tout au long de l’empire, l’orgue restera un instrument très apprécié et reconnu bien qu’il soit plus rare que les autres instruments. Contorniate -jeton- de Néron

Contorniate -jeton- de Néron

Lampe de Carthage

Lampe de Carthage

Relief de Théodose

Relief de Théodose

L’iconographie de cet instrument est assez riche et variée. En effet, on le retrouve sur des jetons ainsi que sur des gravures et des mosaïques comme en témoigne celle de Nennig en Allemagne ou celles de Zliten en Lybie . Sur un bas relief montrant Théodose dans un cirque, sont visibles deux orgues. L’instrument servit même de modèle à la fabrication d’une lampe à huile à Carthage. Mais en ce qui concerne les vestiges archéologiques, ils sont très peu nombreux puisqu’on en compte que deux. La première découverte a été faite à Pompéi où fut retrouvé deux séries de tuyaux ayant appartenus à deux orgues différents.

Pièces métallique de l'orgue pneumatique d'Acquincum, Hongrie, IIIème siècle ap. J.-C.

Pièces métallique de l’orgue pneumatique d’Acquincum, Hongrie, IIIème siècle ap. J.-C.

Reconstitution de l'orgue d'Acquincum

Reconstitution de l’orgue d’Acquincum

La deuxième découverte a quand à elle été faites à Acquincum en Hongrie. Il s’agit d’un petit orgue à quatre séries de tuyaux du IIIème siècle av. J.-C. Mais il ne s’agit pas là d’un orgue hydraulique mais d’un orgue pneumatique à soufflets. Néanmoins le témoignage reste important pour la compréhension de la fabrication des tuyaux. C’est cet orgue qui fit l’objet d’une reconstitution minutieuse (ci dessus). Comme nous avons pu le voir, l’orgue hydraulique est un instrument antique singulier et original. Il sera le précurseur de nos orgues modernes. Bien qu’il soit connu à travers l’iconographie, les textes et l’archéologie, il pose encore un certains nombres de questions dont celles de la sonorité et de la fabrication, surement délicate, des tubes. Je vous remercie pour la lecture de cet article et en complément je vous conseille d’aller sur cette page où vous retrouverez la description détaillée de Vitruve ainsi qu’une reconstitution 3D de l’orgue avec quelques vidéos (cliquez ICI). Je recommande aussi ce document PDF synthétique sur le sujet (cliquez ICI).

Enfin, j’attire votre attention sur la thèse de Jean Perrot qui est un ouvrage complet sur l’orgue, de ses origines jusqu’à la période médiévale :

  • Perrot J., 1965, L’orgue : de ses origines hellénistiques à la fin du XIIIe siècle : étude historique et archéologique, Paris, éd. Picard, 436 p.

A propos de Loic

Etudiant en Histoire de l’art et archéologie à l’université de Bourgogne. Passionné d’antiquité et surtout de romains. Fouilleur à ses heures perdues.

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