Religions, mythologies antiques et représentations


Pazuzu - Démon mésopotamien

Pazuzu, Mythologie mésopotamienne

Toutes les religions et mythologies polythéistes de l’antiquité ont aboutit,  à leur stade tardif, à la hiérarchisation de leur panthéon. On voit ainsi apparaître l’hénothéisme (plusieurs dieux reconnus, dont un est favorisé), la monolâtrie (plusieurs dieux reconnus dont un seul est représenté et célébré) et le monothéisme. L’objectif ici n’est pas de montrer qu’il y a un axe logique et chronologique du polythéisme au monothéisme. Il s’agit plutôt d’illustrer comment ces concepts ont été accompagné dans l’art et mettre en perspective quelques œuvres illustrant les mythologies et religions antiques.

La Mésopotamie est exclusivement polythéiste. On compte près d’un millier de dieux, chacun étant spécialisés sur la résolution d’un problème spécifique. Dans ces mythologies sumériennes, assyriennes, …, les dieux ont souvent une représentation  anthropomorphistes, à notre image, mais ils sont aussi et souvent associés à un symbole voire un animal attribut.

Marduk et son dragon serpent

Dieu Marduk, avec son animal attribut, le dragon serpent

Une tendance « hénothéiste » va cependant apparaitre : on ne nie pas les autres divinités mais on en reconnait une plus particulièrement. En Mésopotamie, c’est souvent parce que la divinité est rattachée particulièrement à la région ou à la  ville de la dynastie régnante; ainsi vers le milieu du 2ème millénaire av. JC, Marduk, dieu patron de Babylone, s’impose et est élevé au rang de premier des Dieux. Plus tard, au 1er millénaire un autre exemple d’hénothéisme sera fourni avec le dieu Shamash, dieu de la lumière éclatante. Celui-ci est symbolisé par un disque solaire ou par des flammes lui sortant des épaules

Disque solaire représentant le dieu mésopotamien Shamash

Shamash en disque solaire

 

Flammes sortant des épaules du Dieu mésopotamien Shamash - Stèle d'Hammourabi

Flammes sur les épaules du dieu Shamash, à droite – Stèle d’Hammourabi

Disons le tout de suite car cela sera valable aussi pour les égyptiens, les grecs, les romains, etc. Dans les mythologies, le dieu peut être remplacé par son symbole (un exemple ci dessous), un dieu peut revêtir plusieurs noms et « aggréger » plusieurs « autres » dieux. L’œuvre ci dessous sera cependant une des premières marques matérielles de hiérarchisation dans les mythologies.

Stèle mésopotamienne

Stèle commémorant un don de terre

On y découvre au niveau supérieur, la déesse Ishtar, en étoile (et en famille), avec de chaque coté, Shamash, en disque solaire (à droite) ainsi que Sîn le dieu lune (à gauche). Ici le dieu Marduk, sous la forme de dragon cornu, ne figure qu’au niveau trois. Enfin tout en bas, les divinité chtoniennes sont représenté en scorpions et serpent.

 

Le panthéon égyptien n’en est pas moins peuplé. Et le même phénomène de hiérarchisation s’exerce. Amon par exemple, d’abord divinité de Thèbes, est bientôt reconnu dans tout l’empire et est enfin placé au dessus des autres dieux. Mais je voudrais plutôt mettre l’accent ici sur la révolution qui survient au cours de la 18ème dynastie.

Une nouvelle vision de la religion apparaît. Akhénaton Pharaon renie tous les dieux et ne reconnaît que le dieu soleil. C’est une révolution « rationaliste » comprenant que la réalité repose sur ce dieu : lumière, chaleur, cycle de la vie . Les autres dieux et représentations divines sont alors détruits. La représentation d’Aton est elle même très codifiée. L’art ne montre plus qu’un disque solaire, des rayons se terminant par des mains qui donnent et conservent la vie.

 

Akhenaton, Nefertiti et le culte d'Aton

Disque solaire représentant le dieu égyptien Aton
Deux illustrations, très codifiées, d’Akhénaton avec sa femme Nefertiti et leurs trois filles devant le dieu Aton

Après sa mort, les égyptiens vont retourner à leur ancien Panthéon mais avec une plus grande sensibilité au thème de l’unité divine. Bien que le dieu lui-même puisse (toujours et aussi) être représenté « en famille divine », sur le modèle père, mère enfant

Triade du roi Osorkon II - Louvre
Triade d’Osorkon II – Le dieu Osiris est assis entre sa femme Isis et son fils Horus

Pour faire la transition avec la Grèce, à l’époque hellénistique, un syncrétisme va apparaître avec les deux rois des dieux … assimilés en un seul, « Amon-Zeus » en une forme composite.

Dans le monde « classique » justement, les dieux des mythologies gréco-romaines constituent encore une « faune » à part entière, sont comme les hommes, anthropomorphes et sexués, soumis aux passions. Mais en plus du classique roi des dieux, le Zeus grec puis plus tard le Jupiter romain, les philosophes grecs vont aider à penser cette transcendance d’un « premier » dieu (plutôt qu’un dieu « unique »). Ce dieu est présent en toute chose et désormais associé à la perfection, à la morale et au bien (même si sa conduite n’est pas toujours irréprochable) et au beau. Je vous laisse vous documenter sur les Empédocle , Parménide, et autre Platon.  Du point de vue artistique, cela va se traduire par une représentation de la divinité qui est plus distante,  plus grande, plus puissante, plus calme que les humains ou que les forces du chaos.

Apollon et un centaure - Temple de Zeus a Olympie

Apollon et un centaure, Temple de Zeus à Olympie

 

Retour en égypte pour aborder l’art et la religion dans le monde juif et paléochrétien.

Moïse, était il un prêtre égyptien, inspiré de l’ambiance religieuse de son temps, voire un héritier lointain du principe monothéisme exclusif d’Akhenaton, voire … la même personne comme certains le prétendent ? Pour les historiens actuels 100 à 150 ans les séparent. Par ailleurs, et selon Pierre Gilbert au moins, le monothéisme de l’ancien Israel n’était peut être pas aussi radical que celui d’Akhenaton, certains passages anciens de la Bible admettant apparemment d’autres dieux.

L’interdiction de représentation va être énoncée dans le Décalogue

Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre

Interdiction de représentation et absence effective de représentations, par respect de ce commandement et/ou par incapacité à représenter le Dieu sous une forme spécifique puisqu’il ne ressemble à rien de connu…  Mais tout de même … comment « respecter » cet interdit tout en « accrochant » le concept à quelque chose ? Par le symbole. Et  je vous renvoie à mon billet sur le cryptage des représentations à l’époque paléochrétienne.

Comme vous le lirez quelques représentations divines vont progressivement être réalisées. Un exemple remarquable se trouve dans la synagogue de Doura Europos située en Syrie actuelle, aux environs de 250 après Jésus Christ.

Synagogue Doura Europos - Moise, la traversée de la mer rouge, les mains de Dieu

Dans cette peinture représentant la sortie d’Égypte (à gauche) et de la traversée de la mer rouge (à droite, Moise est représenté deux fois), les mains de Dieu sont représentées au dessus du patriarche. Un autre exemple dans le même bâtiment qui souligne aussi que dans le monde méditerranéen, la main levée est la prise de parole …

 

Synagogue Doura Europos - Moise, le buisson ardent et la main de Dieu

 

Une autre difficulté est la représentation de la Trinité. On ne compte que très peu d’illustrations avant le Moyen-Age, de la Trinité qui figurent réellement les trois entités (par exemple Christ en buste, une main, pour le Père et une colombe pour le saint esprit). Est ce par manque d’imagination, par manque de référentiel sémantique ou stylistique, ou tout simplement par respect de ce mystère ? Toujours est-il que les artistes préféreront la représentation du Christ, homme, plus simple à traiter, à tous égards.

Ci dessous en guise de clin d’oeil, une représentation du 5ème siècle, du Batisptère des orthodoxes de Ravenne et sa mosaïque centrale des douze apôtres. On y voit, au centre, le Christ et Saint Jean Baptiste qui lui verse l’eau du baptême sur la tête. Le saint-esprit est figuré par une colombe … et le fleuve Jourdain est illustré par une curieuse figure très païenne de vieillard qui lui tend une serviette !

Baptistère des Orthodoxes de Ravenne - Bapteme du Christ

Baptistère des Orthodoxes de Ravenne - Bapteme du Christ - Détail

Détail du centre de la mosaïque – Baptistère de Ravenne

Je terminerai en évoquant Mithra, dieu ayant des origines indiennes, hittites, perses, transformé en dieu romain, très populaire auprès des esclaves, affranchis et militaires, ces derniers contribuant sans doute a en répandre le culte dans tout l’empire. Culte à mystère, associé aux valeurs de fraternité et de  justice, dont on dit qu’il prépara, tout en étant contemporain et concurrent dans la rome antique, au christianisme. Et bien, nous avons justement très peu de représentations de ce dieu si ce n’est principalement la « Tauroctonie » et le moment ou le dieu égorge un …. taureau (et oui encore) qui fertilisera le monde. Sur l’autre coté de la stèle, le dieu fait banquet avec le soleil, auquel il est alors assimilé pour signifier le triomphe de la lumière après la victoire sur les forces néfastes.

Relief mithriaque (pile) - 3eme siecle ap JC - Louvre

Relief mithriaque (face) - 3eme siecle ap JC - Louvre

Beaucoup de symboles dans cette stèle et pour moi, un très bel exemple de ces influences croisées dans les différentes conceptions antiques du monde divin !

Pour en savoir plus :


 

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